Nouvelles universelles

Traduction du Worldwide News

Juillet 2001

 

La liberté n'est pas gratuite

Par Leith Cunningham

Membre de l'église de Cadillac, au Michigan, ayant servi dans la Guerre de Corée, en 1950 et 1951

Le jeune soldat chrétien originaire de l'Arkansas, âgé de dix-sept ans, les yeux bleus et la figure remplie de taches de rousseurs, s'accroupit sur son arrière-train, au sommet d'une montagne glacée de la Corée, scrutant les alentours au travers de ses jumelles, pour s'efforcer d'identifier les sons et les odeurs qui provenaient d'un bosquet d'arbustes à quelque cent verges au bas du versant opposé.

Il maintenait sa vigile en tant que mitrailleur de calibre .30 en position avancée pour le compte de la Deu-xième Division d'Infanterie d'Indianhead. Se rétablissant d'un rhume de poitrine, il éprouvait l'envie presque incontrôlable de tousser. Seule la peur de révéler sa position l'incitait à se contenir.

Le souvenir tout frais de la soirée précédente, alors qu'une horde de centaines de Chinois avait attaqué, en beuglant et en criant juste avant le crépuscule, lui glaça l'épine dorsale. Son peloton traînait encore vers l'arrière les cadavres froids de leurs camarades.

Toutefois, aucune de ces pensées ne changeait ce qu'on s'attendait de lui. Quelques jours plus tôt, le gé-néral Matthew B. Ridgeway avait ordonné l'Opération Killer. Son but était d'infliger un maximum de pertes à l'ennemi, tout en conservant nos propres pertes au minimum.

Comment ces ordres pouvaient-ils mettre en exergue les paroles inscrites dans sa Bible : " Tu ne tueras point " ? Devait-il ou pouvait-il suivre ces ordres quand il était question de tuer ou d'être tué ? Alors que la nuit tombait rapidement, il envoya des messages au commandant de sa compagnie, identifiant ce qu'il croyait être des sons et des odeurs provenant de plus bas. Les bavardages semblaient un mélange de coréen et de chinois. Les bruits métalliques et l'odeur du go-hung (mot coréen désignant le riz), devenus familiers et détestables aux soldats, indiquaient l'heure du repas dans leur quartier tout près.

Ses ordres étaient : " Gardez fermement votre position, retenez votre tir après la noirceur jusqu'à ce que vous soyez certain que la pente en bas comporte réellement un camp de soldats ennemis. " La noirceur tomba rapidement et la température, déjà sous zéro, baissa encore.

Le temps à vous glacer les os, combiné aux vêtements inadaptés à l'hiver, devint de plus en plus difficile à endurer. Un sévère tremblement et le claquement de ses dents étaient les seuls moyens par lequel son corps générait de la chaleur, pendant que la température baissait toujours davantage.

Certaines choses semblaient tourner en sa faveur : il s'était assuré d'un endroit de choix pour installer sa mitrailleuse avec un point de vue pouvant balayer toute la portion inférieure de la pente, et il possédait un bon surplus de munitions. Il était sûr que, si une attaque survenait durant la nuit, et s'il pouvait se persuader d'une bonne performance, il y aurait de nombreuses mammasans chinoises et coréennes qui recevraient une note du gouvernement concernant le décès de leur fils bien-aimé.

Au plus creux de la nuit, l'anxiété et son imagination, ainsi que la frigorifiante température commencèrent à l'épuiser, à le déprimer, à avoir raison de lui. Il entendit des bruits sourds et étouffés venant d'une direction, puis d'une autre. Il se demanda s'ils étaient réels ou le fruit de son imagination. Il savait fort bien que si un ennemi voulait entreprendre une attaque frontale, il devait en priorité réduire les mitrailleurs au silence afin de minimiser ses pertes.

Il tentait d'oublier les paroles percutantes de son instructeur disant que l'espérance de vie moyenne d'un mitrailleur sous les feux de l'attaque était inférieure à trois minutes. Ces derniers jours, il avait davantage réfléchi au bien, au mal et à Dieu. Le suspense s'éleva quand il se mit à penser à la maison, à la chaleur, à une nourriture abondante et à une famille aimante, ainsi qu'à une petite amie qu'il ne verrait peut-être jamais plus.

Presqu'à son soulagement, un éclair soudain dans le ciel fit cesser le suspense pour le mettre instantanément en alerte. Des fusées chinoises éclairèrent le ciel pen-dant que des sifflements et des sonneries commencè-rent à donner les énervants signaux de l'attaque, lui dressant les cheveux sur la nuque.

Il posa instinctivement le doigt sur la gâchette de sa mitrailleuse tout en balayant du regard le bas de la pente éclairée. La première chose qu'il constata, c'est que les sons étouffés étaient bien réels - plusieurs soldats ennemis trimaient dur dans la neige jusqu'à la poitrine, à quelques verges de sa position.

Son premier souci fut : " Est-ce que ma mitrailleuse va tirer ou est-elle trop gelée ? " Dans le froid extrême, elles gèlent souvent et s'enrayent. Une pression sur la gâchette, envoyant une rafale de plomb de calibre .30 à travers la pente, balaya ses craintes.

Une bonne vue de la pente révélait maintenant une vague humaine, une large portion de points sombres ressortant du fond neigeux, s'élançant ici et là en refoulant. Alors qu'il fouillait la pente de son tir étendu par courts jets, il découvrit que certains des points sombres ne bougeaient plus. Les dés en étaient jetés; c'était sans retour, maintenant. Sa priorité fut, cependant, de mieux se concentrer. Il ne pouvait se permettre d'en laisser aucun s'approcher à portée de grenade, s'il pouvait les stopper.

La bataille fit rage. Au matin, quand le commandant de sa compagnie envoya une patrouille pour estimer les dommages, elle trouva le jeune soldat de l'Arkansas mort auprès de son assistant-mitrailleur. Des morceaux de son corps étaient répandus sur sa mitrailleuse, des fragments d'os, des cheveux, de la matière cervicale, des entrailles et des flaques de sang sur la neige témoignant d'un tir presque direct d'artillerie chinoise ou d'une salve de mortier.

Les nombreux cadavres ennemis couvrant le champ de tir indiquaient qu'il avait accompli sa mission. En d'autres mots, il avait bien gagné les 11 cents de l'heure que lui payait le gouvernement pour suivre les ordres du général Ridgeway.

Une équipe de service ramassa les fragments mélangés du corps des deux cadavres. Les restes du jeune soldat remplirent un sac d'épicerie et, dans le même sac, il y avait certains des restes de son assistant. Ils furent envoyés au Japon pour clapoter dans un sac du corps militaire, se décomposer parmi un monceau de chair humaine pourrie, puante et mutilée qui avait rencontré le même sort que lui. Les restes attendirent dans un entrepôt avant d'être préparés et envoyés en Arkansas vers une mère et une famille éplorées.

Sa mère recevrait une lettre du commandant de sa compagnie qui dirait que ce fut difficile à écrire, offrant ses sincères condoléances, et affirmant combien il était fier d'avoir eu le brave jeune soldat sous ses ordres. Et, de plus, combien la nation était reconnais-sante à ce soldat d'avoir donné sa jeune vie à son pays - au nom de la juste cause de la liberté.

Ce scénario se répéta encore et encore le long de la frontière coréenne, comme il s'est répété durant les deux Grandes Guerres en Europe, comme dans les îles pendant l'invasion du Japon, comme au Vietnam, devant tous les ennemis des États-Unis, lorsque de jeunes hommes et femmes sont appelés à défendre notre droit de vivre en tant que nation libre.

À l'époque, j'étais un mitrailleur dans la Division Indianhead. Je peux attester que je l'ai vu tel que décrit. Je le fais circuler dans ma tentative de vous faire voir plus clairement la réalité de la guerre. Et si quelqu'un pense qu'il ne veut pas entendre parler de ces détails sanglants, alors laissez-moi vous rappeler que ces jeunes gens non plus, qui furent forcés de le voir, de l'entendre et de le vivre, qui eurent également à en mourir - abandonnant tous leurs lendemains pour préserver nos jours d'aujourd'hui.

Il y a cinquante ans, je fus évacué de la Corée, d'abord vers une unité chirurgicale mobile de l'armée, ensuite vers un hôpital d'Osaka, au Japon. Quelques semaines plus tard, j'atterris à l'Hôpital Militaire de Percy Jones, à Battle Creek, au Michigan, où je fus un an à payer ma part du coût élevé de la liberté. Mon pied s'était gelé sur la ligne de front dans les montagnes de Corée.

Ce 4 juillet 2001, je passerai beaucoup de temps à rendre grâces à Dieu pour avoir épargné ma vie en Corée, et d'avoir pu bénéficier de 50 ans d'un mariage heureux avec un bon foyer, de magnifiques enfants et un paquet de merveilleux petits-enfants. Je passerai du temps à me rappeler avec acuité le regard vide et tourné au ciel, sur la figure de beaucoup de mes camarades pas aussi fortunés que moi. Je passerai beaucoup de temps en reconnaissance de ceux qui, au cours des ans, ont donné leurs vies et payé de leurs morts la liberté que moi-même, ma famille et cette nation en général prenons trop souvent pour acquise. Avant tout, je suis reconnaissant au Dieu des cieux et de la terre parce que c'est lui qui tient le destin de cette nation et de toutes autres dans sa main.

Si vous voulez voir les guerres prendre fin, laissez-moi vous exhorter à plier les genoux devant Dieu et le prier avec ferveur d'envoyer rapidement son Fils sur terre pour nous conduire de manière juste - pour que les hommes, les femmes et même les enfants ne soient plus taillés en pièces, tirés à bout portant, affamés, désavantagés, assassinés, volés, pillés par leurs voisins, commettant des crimes sexuels horribles qui défient toutes descriptions. Et, pendant que vous priez, rappelez-vous, s'il vous plaît, que la liberté n'est pas gratuite, sauf pour celle qui vient de Dieu.

Au fil des ans, nombreux sont ceux qui ont lutté avec leurs convictions spirituelles, comme le sergent Alvin C. York, récipiendaire de la médaille d'honneur et héros de la Première Guerre Mondiale, qui surmonta ses objections de conscience et qui réduisit au silence, presque d'une seule main, plus de trente mitrailleurs contre son bataillon, tira et tua au moins 25 Allemands et fit prisonniers 132 autres Allemands, incluant trois officiers. Imaginez le nombre de vies américaines sauvées à cause de ce seul et unique brave soldat chrétien.

Je suis reconnaissant à tous les hommes et femmes qui, partout, ont donné leur vie pour que nous puissions jouir de la liberté. Je voudrais remercier spécialement tous les chrétiens militaires qui ont à peser la décision de prendre une vie, mais qui, à la fin, sont capables de faire leur devoir même si cela signifie perdre la vie dans le processus, comme c'est arrivé dans le cas du jeune soldat.

Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15:13).