Fenêtre sur le Monde

" Je vais y être ! "

par Randal Dick

Un bon caricaturiste observe ce qui ressort le plus et l'exploite jusqu'au ridicule. Un jour, j'ai lu qu'une compagnie avait engagé un caricaturiste pour observer les membres de son exécutif en action et caricaturer ce qu'il voyait.

Certains membres rapportèrent qu'ils en avaient beaucoup appris sur eux-mêmes, comment les autres les voyaient, mais que, parfois, l'honnêteté des caricatures était brutale. La caricature que voici a été dessinée et m'a été remise par une talentueuse jeune femme du nom de Beth Crawford, en 1986. Je l'ai toujours gardée comme un trésor, mais, au fil du temps, je me suis aperçu que ma façon de penser concernant cette caricature a changé de manière significative.

Première réaction

Beth a dessiné et donné la caricature à ma femme, Susie, et à moi comme une expression d'appréciation pour toutes les différentes manières par lesquelles nous servions la congrégation. J'étais fier de cette caricature et la disposai bien en vue sur mon bureau, comme illustré dans le dessin. J'essayais par tous les moyens d'être cette personne et je me sentis encouragé d'être à ce point perçu comme un serviteur dirigeant. Nous aimions cette congrégation et n'aurions jamais voulu lui faire du tort.

Seconde réaction

Au cours des dix dernières années, mon rôle s'est développé davantage dans la supervision des pasteurs plutôt que vers les congrégations. J'ai étudié le leadership à partir du plus grand nombre de perspectives possibles et j'ai appris à évaluer les résultats plutôt que l'activité. D'un endroit bien en vue, la caricature s'est déplacée vers une place d'honneur sur le bureau d'un rédacteur. Au lieu de rire des oreilles en chou-fleur, du sermon dans la cuisinière, ou du pneu à plat de la voiture, je commençai à me rendre compte que cela décrivait un one-man show.

De plus en plus, je découvrai le côté sombre illustré par la caricature. Nous avions (et avons encore) un besoin criant de leaders additionnels au niveau des congrégations et des sous-congrégations. Je constatais bien trop souvent que les leaders sur lesquels je comptais pour produire d'autres leaders étaient de si bons serviteurs qu'ils ne pouvaient s'apercevoir que leur service heurtait la congrégation.

Ils n'avaient ni le temps, ni l'énergie de développer un véritable leadership chez les autres, parce qu'ils ne pouvaient voir le leadership qu'en fonction de leur propre leadership. Développer le leadership était vu comme donnant aux autres une part de ce qu'ils faisaient. C'est durant cette période que l'expression pasteur omnicompétent entra en vogue. Bien sûr, c'est un oxymoron Il n'existe pas de vrai pasteur omnicompétent. Si l'omni s'accroît, alors la compétence décroît, et vice versa.

Ça y est

Il y a deux semaines, j'assistais, à l'Institut d'Administration Chrétienne, à un séminaire sur le don. L'instructeur essayait de faire en sorte que nous nous dépouillions de certains paradigmes toxiques concernant le don chrétien. À un moment donné, il dit quelque chose qui alluma une lumière en moi. Laissez-moi vous en faire part.

Le don, ce n'est pas les membres qui donnent à l'église de manière à ce que l'œuvre de Dieu puisse être faite par l'église. Ce n'est pas non plus la volonté du Christ que chacun ne fasse que ce qu'il se sent poussé à faire. L'instructeur dit que le travail de l'église, c'est de fournir des moyens efficaces pour que les individus réagissent effectivement face à la manière que le Christ œuvre au sein de leur vie. C'est une question spirituelle - cela concerne l'œuvre souveraine que le Christ accomplit dans chacune de nos vies. Il nous place dans son Corps là où il sait que ça marche, et il nous invite à participer avec lui à son ministère.

Il a largement répandu les talents et les ressources parmi nous afin que la seule façon pour nous d'accomplir son ministère passe par chacun d'entre nous en tant qu'êtres vraiment uniques, mais faisant aussi partie d'un corps qui fonctionne en tant qu'unité. L'église concentre les ressources communes sur un point donné, à un endroit et un temps particuliers.

Ce principe s'applique au leadership et au ministère chrétiens. Le but réel des leaders chrétiens, c'est d'être des serviteurs du Christ qui créent et maintiennent une atmosphère dans laquelle le peuple de Dieu puisse devenir tout ce que le Christ veut qu'il soit, et accomplisse tout ce que le Christ entend lui voir faire. Un leader chrétien ne devrait pas être reconnu pour le nombre de chapeaux différents qu'il peut porter; un leader devrait être reconnu pour aider les autres à porter le bon chapeau, et les aider à bien le porter.

À quoi ressemble votre caricature ?

J'ai encore une autre inquiétude, et elle vous concerne. Si une caricature illustrait la manière que vous réagissez à l'attente du Christ à votre égard, à quoi ressemblerait-elle ? Quand je regarde la mienne, maintenant, je me fais parfois plus petit en me demandant quel effet a sur ceux que je dirige le style de leadership décrit dans ce dessin.

Combien de chances y a-t-il pour que les gens qui ont été " servis " de cette façon pendant de nombreuses années en soient venus au point de perdre de vue leur dessein réel dans l'œuvre de Dieu ? Y a-t-il des chances pour que vous soyez devenus dépendants d'un pasteur omnicompétent ? Y a-t-il des chances pour que, si votre pasteur, anciennement omnicompétent, cherche à changer, vous voyiez cela de manière négative ? Êtes-vous vraiment prêts à faire tout ce que le Christ veut que vous fassiez, en son temps et à sa manière ?

Pour chaque action, il y a tendance à y avoir une réaction égale et opposée. Si j'étais comme cette caricature le décrit, quelle serait la réaction logique opposée ? Si vous avez déjà été " béni " d'avoir un pasteur efficace, bien intentionné, aimable et omnicompétent, qu'auriez-vous à désapprendre, pour vous comme unité, afin de vous unir réellement de manière à ce que le Christ puisse travailler à son ministère au travers de vous de la façon la plus efficiente possible ?

Comme je l'ai dit au début, les caricatures peuvent faire ressortir les extrêmes et mettre en exergue certaines questions difficiles. Ce sont des questions qui méritent d'être répondues.