Église Universelle de Dieu, Canada
Mai 2000

Qu'est-ce qu'un chrétien évangélique ?

par Joseph Tkach

pasteur général de l'Église Universelle de Dieu.

Qu'est-ce un chrétien évangélique ? L'Église Universelle de Dieu est membre de la National Association of Evangelicals (la NAE - une association nationale américaine d'églises évangéliques). Nous nous disons une confession évangélique. Or, qu'entendons-nous par le mot évangélique ?

Le mot évangélisme provient du mot grec qui signifie évangile. On pourrait donc s'attendre à ce qu'un chrétien évangélique fasse de l'évangile sa priorité. Cependant, le mot n'est pas toujours employé en ce sens. Pour les uns, le mot évangélique signifie tout simplement protestant ; pour les autres, il est presque synonyme de pentecôtiste. Les uns veulent lui attribuer une signification étroite, les autres, un sens plus large. Les uns aiment l'épithète, les autres la détestent.

Les sociologues utilisent l'expression évangélique pour désigner croyants et confessions plus conservateurs que la moyenne. Le mouvement évangélique se répand de plus en plus au sein du christianisme, bien que sa croissance en nombre ne dit rien qui vaille sur l'exactitude de sa théologie. Les membres de confessions évangéliques se disent des gens plus engagés vis-à-vis leurs croyances et plus actifs au sein de leurs congrégations. Cette classe de chrétiens regroupe les confessions membres de la NAE et d'autres congrégations et personnes qui appartiennent à des confessions protestantes traditionnelles ou à la tradition catholique romaine.

L'on fait souvent une distinction entre les chrétiens évangéliques et les chrétiens dits fondamentalistes. À l'origine, le mot fondamentaliste désignait tout chrétien qui croyait en cinq principes fondamentaux de la foi. À la longue, cette expression en est venu à désigner des chrétiens ultraconservateurs qui s'opposaient aux études savantes, aux traductions contemporaines [de la Bible], à tout ce qui était nouveau et à toute personne qui n'était pas fondamentaliste. Les chrétiens fondamentalistes les plus opiniâtres ont donné un mauvais nom au christianisme conservateur. Ainsi, au cours des années '50, des chrétiens conservateurs modérés ont commencé à se regrouper sous l'étiquette de chrétiens évangéliques pour se distancer de leurs cousins de la droite.

Donc, qu'est-ce qu'un chrétien évangélique ? Dans son livre Evangelicalism and the Future of Christianity (L'évangélisme et l'avenir du christianisme -- InterVarsity Press, 1995, pp. 55-56), Alister McGrath, un anglican évangélique, propose six croyances qui distinguent le christianisme évangélique : 1) l'autorité suprême des Écritures, 2) Jésus-Christ en tant que Dieu incarné, 3) le Saint-Esprit, 4) la conversion personnelle, 5) l'évangélisation, et 6) l'importance de la communauté chrétienne.

Ces six croyances ne constituent pas des limites absolues, mais en général, elles servent à déterminer les limites entre l'évangélisme et le protestantisme conventionnel (il y aurait lieu d'établir une liste distincte de croyances et de pratiques pour décrire les limites entre l'évangélisme et le fondamentalisme.)

Les chrétiens évangéliques ont beaucoup de choses en commun ; cependant, ils sont souvent divisés au niveau de la doctrine. Bien que tous acceptent l'autorité de la Bible, ils diffèrent au niveau de l'interprétation. Les uns préconisent le baptême d'enfants, les autres attachent une importance à la prédestination. Les uns parlent en langues, les autres prônent une forme particulière d'administration, et d'autres encore insistent sur les oeuvres sociales. Certes, la diversité est peut-être préférable à la conformité imposée. Cependant, la diversité peut également engendrée une obsession à propos de vétilles. En fait, il arrive parfois que les chrétiens s'enlisent dans ces questions.

Comme vous le savez, à maintes reprises, j'ai insisté qu'il fallait mettre l'accent sur les croyances principales et non sur les éléments périphériques. Certes, nous pouvons avoir des croyances périphériques et, de fait, nous en avons. Mais il ne faut pas y insister de manière à créer des barrières, ou encore pour prétendre que quiconque n'est pas d'accord avec nous n'est pas converti ! Nous devrions bien être les premiers à savoir qu'il est possible pour des chrétiens de se tromper à propos de questions importantes. Nous devrions comprendre la nécessité d'être charitables envers d'autres personnes qui servent Christ de leur mieux. Voilà pourquoi nous cherchons à simplifier la liste de nos croyances fondamentales au lieu de l'encombrer de croyances obligatoires.

À mon sens, le livre de John Stott intitulé Evangelical Truth: A Personal Plea for Unity, Integrity and Faithfulness (La vérité évangélique : un appel personnel à l'unité, à l'intégrité et à la fidélité -- publié par InterVarsity, 1999) est comme une bouffée d'air frais. Depuis 50 ans, Stott est un leader évangélique en Angleterre. Il est bien au courant de la diversité au niveau de la théologie. Aussi a-t-il toujours préconisé la patience et la paix.

Donc, dans mon éditorial de ce mois, j'ai cru faire les choses différemment. J'ai choisi de souligner quelques points clés du livre de Stott. Stott condense les croyances de l'évangélisme en trois éléments essentiels : la révélation de Dieu, la rédemption de Christ et la transformation engendré par le Saint-Esprit.

L'Évangile est étroitement relié à ces trois éléments : c'est la révélation de Dieu ; il se concentre sur la croix du Christ et il est efficace grâce à l'oeuvre du Saint-Esprit. Stott a recours à 1 Corinthiens 15:1-5 pour établir les six points suivants : 1) l'Évangile porte sur Christ, 2) il est fondé sur les Écritures, 3) il tire ses origines dans l'histoire, 4) il proclame la signification théologique de la mort de Jésus, 5) c'est le message des apôtres, et 6) c'est personnel, en ce sens que les gens le reçoivent, y prennent position et s'y tiennent, et les gens sont sauvés grâce à l'Évangile.

La mort de Jésus est d'une importance capitale. La cérémonie que Jésus nous a laissée en mémoire de lui, constitue un mémorial de sa mort. Voilà comment Jésus voulait qu'on se souvienne de lui. En fait, c'est ce qui est le plus caractéristique de la foi chrétienne. Jésus est mort pour nous et nos péchés. Il existe de nombreuses hypothèses expliquant pourquoi sa mort nous a sauvés. Cependant, les Écritures déclarent à maintes reprises que nous sommes sauvés par sa mort - il est mort pour nous, pour nos péchés. Selon Stott, " Christ nous a été substitué, il est mort à notre place. Nous n'avons donc pas à mourir pour nos péchés... Mais il est également mort en tant que notre représentant. Donc, quand il est mort, nous sommes morts avec lui " (p. 81).

Le lien théologique entre la crucifixion du Christ et notre salut, c'est la justification. Nous pouvons être justifiés, c'est-à-dire être comptés parmi les justes, être acceptés de Dieu, obtenir le pardon absolu de nos péchés grâce à l'oeuvre de Christ sur la croix. Nos péchés ne sont plus retenus contre nous. (La Bible s'exprime de diverses façons pour nous communiquer cette prémisse).

Selon Stott, la justification comporte cinq aspects importants : 1) elle nous est donnée par la grâce, 2) elle repose sur la mort de Christ, 3) nous devons être en Christ ", c'est-à-dire être unis à Christ et à son Église, 4) nous la recevons par la foi, et la foi n'est pas une oeuvre qui nous mérite le salut : " La foi ne sert qu'à recevoir ce que la grâce nous offre gratuitement " (p. 78), et 5) la justification est donnée pour nous permettre d'être guidés par le Saint-Esprit vers une nouvelle vie : " Par notre union avec le Christ, Dieu nous a créés pour une vie riche d'oeuvres bonnes " (Éphésiens 2:10).

La foi et les oeuvres sont rendues possibles par le Saint-Esprit. Voilà le troisième élément essentiel de la foi évangélique. La vie chrétienne commence par une nouvelle naissance spirituelle, une régénération. Le Saint-Esprit vient habiter en nous et nous sommes nés de nouveau, nés de l'Esprit, nés d'en-haut. Nous avons reçu une nouvelle vie, et l'Esprit en nous nous garantie que nous sommes vraiment enfants de Dieu. Nous en sommes conscients, nous y avons confiance, nous en sommes assurés parce que notre salut ne repose pas sur notre comportement faillible, mais sur l'oeuvre déjà accomplie par le Christ. Cependant, une oeuvre est toujours en train de s'accomplir dans notre vie, celle du Saint-Esprit qui nous guide dans une vie d'obéissance et de bonnes oeuvres. Une oeuvre est en train de s'accomplir au sein de l'Église, le corps de croyants.

Les chrétiens évangéliques n'ont pas de théologie raffinée concernant l'Église ; néanmoins, l'Église est importante pour une vie évangélique et pour notre foi. Elle est importante pour notre culte, notre ministère les uns envers les autres et pour notre mission dans notre entourage.

Souvent, les chrétiens fondamentalistes se retirent du monde. Ils envisagent l'Église comme un lieu de refuge où ils peuvent se soustraire au mal qui les entoure. Souvent au cours des décennies passées, les chrétiens évangéliques ont également eu recours à cette idée de percevoir l'Église comme un lieu de refuge. Mais leur perception est en train de se modifier. Aujourd'hui, les chrétiens évangéliques s'impliquent plus dans le milieu social que ne le font les chrétiens fondamentalistes ou protestants traditionnels. Ils prennent très au sérieux le commandement de Jésus d'aimer son prochain. Il sont en train de faire une différence pour le royaume, en accomplissant les bonnes oeuvres qu'ils sont appelés à accomplir.

Il est fort probable que les chrétiens évangéliques n'atteindront pas l'unité au sein d'un même organisme avant le retour du Christ. Nos conclusions à propos des doctrines périphériques seront toujours différentes, et il existera toujours diverses confessions qui proclameront ces diverses conclusions.

Ces doctrines peuvent être importantes. Mais elles ne devraient jamais l'être au point qu'elles deviennent notre point de mire. Elles ne devraient jamais l'être au point où elles constituent des barrières mentales qui nous empêchent de reconnaître que d'autres croyants sont également des chrétiens. Elles ne devraient pas nous empêcher de rendre un culte ou de travailler avec des gens qui partagent avec nous les éléments fondamentaux de la foi : le respect de la révélation de Dieu, la foi en le salut par la grâce basée sur la crucifixion du Christ et la reconnaissance de la nécessité que le Saint-Esprit oeuvre dans notre vie.

Le christianisme est très profond. Il touche une gamme d'entreprises et d'idées humaines. Le christianisme est énormément complexe pour quiconque veut sonder ses profondeurs, mais au fond, le christianisme est simple. Au coeur du christianisme se trouve une croyance selon laquelle il est possible de redresser sa relation avec Dieu grâce à la mort de Jésus-Christ, telle que révélée dans les Écritures.

Le salut ne dépend pas du style de vêtements portés, des jours où nous nous assemblons, de l'abstention du café, d'une interprétation littérale ou figurée du millénium, d'une croyance en la prédestination, ou encore d'une pléiade d'autres éléments qui, parfois, préoccuppent les chrétiens. Ce n'est pas mal d'étudier ces choses ; cependant, il nous faut rester fixer sur le but.

Mes amis, je prie pour vous. La tâche n'est guère facile. Nous travaillons de longues heures et il n'est pas toujours facile de comprendre la vérité. Cependant, les récompenses sont immenses tant dans cette vie que dans l'autre. Nous vous remercions de votre soutien.

Notes de l'éditeur : Si les définitions des mots fondamentalisme et évangélisme ou leurs historiques vous intéressent, vous pouvez consulter les ressources ci-dessous. En voici des extraits :

" Évangélisme : mouvement chrétien de l'Amérique du Nord qui souligne les doctrines classiques protestantes du salut, de l'Église et de l'autorité des Écritures ; mais dans le contexte américain, ce mouvement est caractérisé par l'accent mis sur une expérience personnelle de la grâce de Dieu, qu'on appelle habituellement nouvelle naissance ou conversion " (B.L. Shelley, Dictionary of Christianity in America [dictionnaire du christianisme en Amérique], sous la direction de Daniel Reid, InterVarsity, 1990, p. 413).

" Évangélisme : mouvement du christianisme contemporain qui met l'accent sur l'Évangile du pardon, la régénération par la foi personnelle en Jésus-Christ et préconise les doctrines orthodoxes " (Millard J. Erickson, Concise Dictionary of Christian Theology [dictionnaire concis de la théologie chrétienne], Baker, 1986, p. 52.)

" Fondamentalisme : mouvement protestant conservateur qui a eu lieu principalement aux États-Unis pour protester contre la théologie moderne des débuts du XXe siècle. Face aux théologies plus naturalistes, les chrétiens fondamentalistes insitent sur certaines doctrines fondamentales, dont l'infaillibilité des Écritures, la naissance de Christ d'une vierge, la substitution expiatoire de Christ, sa résurrection et son second avènement. (La liste exacte de ces principes varie) ". (George Marsden, New 20th-Century Encyclopedia of Religious Knowledge (nouvelle encyclopédie du XXe siècle sur les connaissances religieuses, deuxième édition, sous la direction de J.D. Douglas, Baker, 1991, p. 345).