Étude Biblique

Un commandement auquel Paul n'a pas obéi : une étude de 1 Corinthiens 9

Par Michael Morrison

éditeur de la revue Worldwide News.

La première lettre de Paul à l'église de Corinthe traite d'un nombre de questions qui préoccupaient les membres. Les uns se sentaient libres de consommer de la viande provenant des temples, les autres considéraient un tel acte comme étant péché. Selon Paul, la liberté chrétienne est soumise à des contraintes volontaires. Dans le cas qui nous occupe, les chrétiens libres devaient éviter les temples païens pour ne pas faire obstacle à la foi des chrétiens mal affermis. Il conclut en disant qu'on ne pouvait consommer de la viande si cela constituait une pierre d'achoppement pour autrui (8:13).

Quoi, donc ? Paul n'avait-il pas le droit de faire comme bon lui semble ? Pourquoi fallait-il que sa liberté soit brimée à cause du manque de maturité des autres ? Selon Paul, l'amour exige la renonciation à soi-même. Il prend son ministère à titre d'exemple. Les membres de l'église de Corinthe étaient mal affermis ; Paul ne revendiquait donc pas ses droits afin d'éviter de les offenser. Paul était libre ; cependant, il a choisi d'être esclave par amour pour l'Évangile.

Les droits d'un apôtre

" Ne suis-je donc pas libre? Ne suis-je pas apôtre? N'ai-je pas vu Jésus, notre Seigneur? Vous-mêmes, n'êtes-vous pas un fruit de mon travail au service du Seigneur? D'autres peuvent refuser de reconnaître en moi un apôtre: pour vous, du moins, c'est ce que je suis, car vous êtes bien le sceau qui authentifie mon ministère apostolique au service du Seigneur " (9:1-2).

Il semble que certains membres de l'église à Corinthe manquaient de respect envers Paul. Ils ne le reconnaissaient pas comme un apôtre authentique et refusaient de subvenir à ses besoins. En réponse, Paul déclarait qu'il était un apôtre de plein droit. Même si les membres voulaient le nier, ils devraient néanmoins l'accepter en tant que tel parce que Paul leur avait apporté l'Évangile, ce qui lui donnait certains droits.

" Et voici ma défense contre ceux qui me mettent en accusation: En tant qu'apôtres, ne serions-nous pas en droit de recevoir le manger et le boire pour notre travail? N'aurions-nous pas le droit d'être accompagnés par une épouse chrétienne, comme les autres apôtres, les frères du Seigneur et Pierre? Ou bien, Barnabas et moi-même serions-nous les seuls à devoir travailler pour gagner notre pain? " (9:3-6).

On subvenait aux besoins d'autres apôtres, et même à ceux de leurs épouses. Les Corinthiens semblaient reconnaître leur droit au soutien financier, mais refusaient le même soutien à Paul (et comme par hasard, les autres apôtres se trouvaient loin de Corinthe. Au fait, ces derniers étaient à peine conscients de l'existence des Corinthiens. Il était donc peu probable que ceux-ci leur demanderaient de l'aide.)

Ce n'est pas juste, dit Paul. Barnabas et moi faisons le même travail. Nous devrions avoir droit au même soutien. Paul donne des exemples tirés de la société séculaire : " Avez-vous jamais entendu parler d'un soldat servant dans une armée à ses propres frais, ou d'un vigneron qui ne mangerait pas des raisins de la vigne qu'il a plantée? Quel berger élève un troupeau sans jamais profiter du lait de ses brebis? " (9:7).

" Et je ne tire pas mes arguments des seuls principes établis par les hommes, car la Loi dit les mêmes choses. En effet, c'est bien dans la Loi de Moïse qu'il est écrit: Tu ne muselleras pas le bœuf pendant qu'il foule le grain. " (9:8-9a - Paul citait Deutéronome 25:4).

Cette loi ne vise pas seulement les animaux, dit Paul. Au fait, le principe s'applique également aux êtres humains. " Dieu s'inquiéterait-il ici des bœufs? N'est-ce pas pour nous qu'il parle ainsi? Bien sûr que si! C'est pour nous que cette parole a été écrite, car il faut que celui qui laboure le fasse avec espérance et que celui qui bat le blé puisse compter sur sa part de la récolte " (9:9b-10). Oui, les gens devraient être payés pour le travail accompli.

Le commandement du Seigneur

Paul applique le principe à sa situation : " Puisque nous avons semé parmi vous les biens spirituels, serait-ce de notre part une prétention exorbitante si nous attendions de vous quelque avantage matériel ? Du moment que d'autres exercent ce droit sur vous, ne l'avons-nous pas à plus forte raison? " (9:11-12) En d'autres termes, il dit : si je vous ai apporté l'Évangile, vous devriez être bien disposés à me soutenir pendant que je vous prêche l'Évangile. Si je vous donne quelque chose dont la valeur est éternelle, assurément, vous devriez être prêts à me donner quelque chose dont la valeur est temporaire.

C'est notre droit, dit Paul, mais " nous avons préféré ne pas user de ce droit; au contraire, nous supportons tout afin d'éviter de faire obstacle, si peu que ce soit, à la Bonne Nouvelle qui concerne le Christ " (9:12). Paul veut bien renoncer à ses droits : l'Évangile lui est plus important que ses privilèges. Aussi, l'exemple de Paul a-t-il de l'importance en ce qui concerne bien des situations de notre époque. Son commentaire met au défi tant les gens qui reçoivent l'argent que ceux qui devraient le donner. Tous sont appelés à mettre en pratique l'abnégation pour l'amour de l'Évangile.

Paul semble dire que c'est le bon sens. Le principe s'applique tant au bœuf qu'au soldat, au fermier et au berger. Si le travail vaut la peine d'être fait, il vaut la peine de le soutenir. Il en est de même pour la religion : " Et pourtant, vous le savez, ceux qui font le service sacré dans le Temple reçoivent leur nourriture du Temple. Ceux qui officient à l'autel reçoivent leur part des sacrifices offerts sur l'autel " (9:13).

En conclusion, Paul cite Jésus : " De même, le Seigneur a ordonné que ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle vivent de cette annonce de la Bonne Nouvelle " (9:14 - Paul faisait peut-être allusion à Luc 10:7). Puis, il leur fait de nouveau cette remarque : " Je n'ai fait valoir aucun de ces droits " (9:15).

Paul est clair : il s'agit d'un commandement du Seigneur. Il est également clair lorsqu'il dit qu'il n'y obéit pas. Il gagne son pain en fabriquant des tentes -- à son sens, ce commandement du Seigneur l'appelle plus à donner qu'à recevoir. L'accent est mis sur la responsabilité du croyant de soutenir l'oeuvre de l'Évangile.

Paul donne préséance à l'Évangile et non à l'argent. De plein gré, il renonce à son droit au soutien financier afin que les gens n'en viennent pas à croire que son message est conçu uniquement dans le but de soutirer de l'argent. Certains orateurs grecs gagnaient leur vie en se déplaçant d'un endroit à l'autre pour divertir leur auditoire par des discours. D'autres fondaient des écoles et faisaient payer les étudiants pour des cours magistraux. Paul ne veut pas qu'on pense que son message est motivé par l'égoïsme.

Cependant, même si Paul subvenait à ses propres besoins de plein gré, cela ne changeait pas le commandement du Seigneur. Les ministres de l'Évangile ont droit au soutien financier, et les croyants ont l'obligation de le leur fournir. Cependant, Paul ne revendiquait pas ce droit : " Mais moi, je n'ai fait valoir aucun de ces droits. Et si je les mentionne ici, ce n'est pas pour les revendiquer; je préférerais mourir plutôt que de me laisser ravir ce sujet de fierté " (9:15).

Même dans sa lettre, Paul ne demande aucun soutien financier des Corinthiens. Il est possible que sa requête concerne la cueillette de fonds pour les croyants de Jérusalem et dont il était le coordonnateur (16:1-4). Il entend que ce soit clair : il ne prêche pas à son profit. À la place, il prêche parce que le Seigneur le lui a ordonné. L'Évangile a préséance sur tout : " En effet, je n'ai pas à m'enorgueillir de ce que j'annonce la Bonne Nouvelle: C'est une obligation qui m'est imposée. Malheur à moi si je n'annonce pas la Bonne Nouvelle! Ah! certes, si la décision d'accomplir cette tâche ne venait que de moi, je recevrais un salaire; mais puisque cette décision n'a pas dépendu de moi, je ne fais que m'acquitter d'une charge qui m'a été confiée " (9:16-17). Paul se sent obliger de le faire ; il est incertain s'il est volontaire ou esclave. Puisqu'il accomplit son devoir, il se sent également récompensé.

" En quoi consiste alors mon salaire? Dans la satisfaction de pouvoir offrir gratuitement la Bonne Nouvelle que je proclame en renonçant volontairement aux droits que me confère ma qualité de prédicateur de la Bonne Nouvelle " (9:18). Paul se sentait bien de pouvoir prêcher sans quêter de l'argent. L'approche est peut-être bonne lorsqu'il s'agit de prêcher à des non-croyants. Mais le moment viendra où il faudra bien enseigner aux croyants le commandement de Dieu, comme c'était le cas de Paul. Ceux qui acceptent l'Évangile de la grâce doivent également faire preuve de bienveillance.

L'esclave de tous

Encore une fois, Paul se prend en exemple pour montrer aux croyants qu'ils devraient renoncer à eux-mêmes face à l'Évangile : " Car, bien que je sois un homme libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous, afin de gagner le plus de gens possible à Jésus-Christ " (9:19). L'objectif, c'était l'Évangile et non lui-même. Il renonce à ses droits et à sa liberté pour accomplir l'oeuvre que Jésus lui avait confiée.

" Lorsque je suis avec les Juifs, je vis comme eux, afin de les gagner. Lorsque je suis parmi ceux qui sont sous le régime de la Loi de Moïse, je vis comme si j'étais moi-même assujetti à ce régime, bien que je ne le sois pas, afin de gagner ceux qui sont sous le régime de cette loi " (9:20). En tant que Juif, Jésus est né " sous le régime de la Loi " (Galates 4:4). Les Juifs étaient sous le régime de la Loi. Paul se conformait donc à la Loi lorsqu'il était avec les Juifs. Pourquoi ? Pour gagner les Juifs, pour les aider à accepter l'Évangile.

Mais Paul fait également la remarque qu'il n'est pas sous le régime de la loi. Au fait, il est libre de vivre comme un non-Juif (Galates 2:14). Selon le verset 21, il peut vivre comme s'il ne connaissait pas la loi : " Avec ceux qui ne sont pas sous ce régime, je vis comme n'étant pas non plus sous ce régime, afin de gagner au Christ ceux qui ne connaissent pas la Loi. Bien entendu, cela ne veut pas dire que je ne me soumets pas à loi de Dieu; au contraire, je vis selon la loi du Christ. "

La priorité de Paul est de gagner les gens et de rendre l'Évangile attrayant. En vertu de la loi de Christ, il a l'obligation d'écarter ses préférences pour se mettre au service d'autrui. Il utilise sa liberté en Christ pour devenir esclave, pour adapter son comportement selon les circonstances. Son but principal n'est pas de faire respecter la tradition, ni de lutter contre celle-ci, ni de prendre la part d'un groupe ethnique ou d'un autre. Son but principal, c'est de prêcher le Christ.

" Dans mes relations avec les chrétiens mal affermis dans la foi, je vis comme l'un d'entre eux, afin de les gagner. C'est ainsi que je me fais tout à tous, afin d'en conduire au moins quelques-uns au salut par tous les moyens. Or, tout cela, je le fais pour la cause de la Bonne Nouvelle pour avoir part, avec eux, aux bénédictions qu'apporte la Bonne Nouvelle " (9:22-23).

Paul ne veut pas se disqualifier (9:27) en menant une vie égocentrique. Il va au devant des gens pour les servir et pour servir l'Évangile. Son message concorde avec son message de Dieu : Dieu a tant aimé le monde qu'il a envoyé Jésus mourir pour nous. Bien que nous soyons ennemis, Jésus a renoncé à ses droits et a donné sa vie en tant que rançon pour nous.

L'exemple de Jésus comprend un commandement pour nous tous : ceux qui reçoivent des bénédictions spirituelles doivent être disposés à partager volontiers les choses matérielles.