Alors, qui a besoin de l'Église ?

La réponse de Jean Calvin

Par Neil Earle

Pasteur de la congrégation de Glendora, Californie

Cela se passait dans les années 1530, en Europe. La guerre faisait rage entre les protestants et les catholiques, de même que parmi les sectes séparatistes du protestantisme. L'extrémisme et la persécution étaient courants. En Espagne, la corde et le chevalet de torture attendaient les réformateurs fanatiques, tandis que des protestants radicaux terrorisaient la ville de Munster, en Allemagne, pendant plus d'un an (1534-1535).

Entre 1535 et 1539, Henry VIII fit fouiller 550 monastères en Angleterre, mettant à la porte leurs résidents, dans le froid, afin de financer la nouvelle église d'état. En 1531, Ulrich Zwingli, le leader de la Réforme en Suisse, fut tué dans la bataille en servant comme un aumônier non pacifique dans la saignée civile suisse.

Peu importe ce que les années 1530 auraient pu être, elles ne furent pas l'apogée de l'unité chrétienne et de la tolérance, bien au contraire ! Beaucoup pensaient, à l'époque : " Si c'est ça, l'église, je n'en veux pas ! "

Un homme avec un message

Au milieu de ce fanatisme et de cette bigoterie religieuse terrifiante, à Bâle, en Suisse, un jeune avocat français brillant et humaniste, qui avait été récemment converti aux principes du protestantisme, écrivit un traité qui capterait l'essence même de la Réforme. Les Institutions de la religion chrétienne, de Jean Calvin, ont d'abord été publiés en 1536, alors que le jeune savant n'avait encore que 26 ans. Le contenu des Institutions était fort controversé, parfois même sévère, mais il servit néanmoins de manuel de base pendant 200 ans aux principes de la Réforme. Par-dessus tout, ce sont les puissantes et pénétrantes méditations de Calvin sur l'Église, le corps invisible de croyants, qui parlèrent aux chrétiens chaque fois que la foi de l'église fut secouée de l'extérieur. Le jeune avocat français démontra, dans le tome quatre de ses Institutions, qu'il n'avait pas son égal lorsque venait le temps de valider l'Église, le Corps visible de Christ sur la terre.

Aucun chrétien solitaire

Calvin a écrit : " C'est par la foi en l'Évangile que le Christ devient nôtre et que nous sommes faits les participants du salut et de la grâce éternelle apportés par Lui. " Ceci, tous les chrétiens peuvent en convenir - mais est-ce suffisant ? Pouvons-nous être des chrétiens solitaires et grandir dans la foi ? Non, dit Calvin, la foi a une dimension sociale - nous devons apprendre la foi par les autres gens pieux (Hébreux 13:7) et, d'habitude, ils se trouvent dans l'église.

Calvin n'a pas mâché ses mots : " Puisque, depuis le début, dans notre ignorance et notre paresse, nous avons toujours eu besoin d'aides extérieures pour engendrer et augmenter notre foi et la faire atteindre son but, Dieu a aussi ajouté ces ressources, car Il comble nos faiblesses. "

Pour Calvin, la plus importante de ces ressources était l'Église organisée, avec son ministère d'enseignement et l'autorité pour effectuer les baptêmes et pour administrer les ordonnances telles que le Repas du Seigneur : " Enfermés comme nous sommes dans la prison de notre chair, nous n'avons pas encore atteint le rang angélique. Dieu, donc, dans sa merveilleuse providence, s'accommodant de nos limites, nous a prescrit une voie, bien qu'imparfaite, pour nous attirer à Lui. "

L'Église, notre Mère

Et quelle est cette voie ? " Je commencerai, alors, par l'Église dans laquelle Dieu a eu la joie de réunir ses fils, qu'ils puissent être guidés par ses soins maternels pendant leur croissance, jusqu'à ce qu'ils atteignent enfin le but de la foi. "Que l'homme ne sépare donc point ce que Dieu a uni" (Marc 10:9), afin que, pour ceux dont Il est le Père, l'Église en soit aussi la Mère ... comme le témoigne Paul quand il enseigne que nous sommes les enfants de la nouvelle Jérusalem céleste " (Galates 4:26).

La vision de Calvin sur l'église englobait vraiment tout : " L'Église se réfère, non seulement à l'église visible, mais aussi à tous les élus de Dieu, parmi lesquels sont aussi inclus les morts ... Mais nous devons laisser à Dieu seul la connaissance de son église, dont la fondation est son élection secrète. Bien que la désolation mélancolique qui nous confronte de tous les côtés puisse crier qu'aucun reste de l'église n'est laissé, sachons que la mort de Christ est fructueuse et que Dieu garde miraculeusement son église comme dans des endroits secrets. Ainsi il a été dit à Élie : "Je me suis réservé sept mille hommes qui n'ont pas plié le genou devant Baal" (1 Rois 19:18). "

Un salut assuré

Au milieu du chaos spirituel terrifiant des années 1530, Calvin a plaidé, autant qu'il était possible à cette époque, pour la liberté religieuse et la tolérance. Il semblait posséder une compréhension de la diversité religieuse sous la direction commune de Christ que certains de ses disciples ont, par la suite, tragiquement ignorée. Du moins dans son tome quatre, Calvin est le pasteur guérissant, fournissant un encouragement vibrant provenant de l'expression biblique " la communion des saints " :

" De cette façon, notre salut repose sur des appuis sûrs et fermes, pour que, même si le tissu entier du monde était renversé, l'église ne pourrait ni chanceler ni tomber. D'abord, elle se tient debout par l'élection de Dieu et elle ne peut pas hésiter ou tomber, pas plus que sa providence éternelle le peut. Deuxièmement, elle a été jointe fermement à Christ qui ne permettra pas à ses disciples d'être séparés de lui ... De plus, nous sommes certains que, tandis que nous restons au sein de l'église, la vérité habitera toujours en nous. "Dieu habitera au milieu de Jérusalem pour toujours, elle ne pourra jamais être ébranlée" (Psaume 46:5). "

Demeurez reliés !

Calvin était convaincu qu'il n'y a aucune autre façon d'entrer dans cette vie-là, à moins qu'une mère ne nous conçoive dans son utérus, nous donne la naissance, nous nourrisse à son sein et, finalement, qu'elle nous garde sous ses soins et ses conseils.

Calvin ne doutait aucunement que les gens aient besoin de l'église : " Plusieurs, à cause de l'orgueil, la haine ou la rivalité, en arrivent à la conviction qu'ils peuvent suffisamment tirer profit de leurs lectures privées et de leur méditation; ainsi, ils méprisent les assemblées publiques et considèrent les sermons superflus ... Mais je dis que nous ne devons pas stupidement abandonner l'église à cause de petites dissensions. Car c'est dans ce seul endroit qu'est assurée et gardée pure la doctrine de la piété qui est à l'œuvre. "

Que voulait-il dire par là ? " Par le baptême, nous sommes introduits dans la foi en Lui ; en participant au Repas du Seigneur, nous attestons notre unité dans la vraie doctrine et dans l'amour ; et le ministère institué par Christ est préservé pour la prédication de la Parole. "

Après la foi, quoi d'autre ?

Ces arguments sont des raisons importantes pour demeurer assemblés avec le Corps de Christ dans ses manifestations locales. Nous ne pouvons pas nous baptiser nous-mêmes et nous ne pouvons pas nous ordonner nous-mêmes. La foi a une dimension sociale. Calvin le savait ! L'Église Universelle de Dieu, à son mieux, a toujours compris ça ! Car nous sommes une assemblée de fraternisation par excellence.

Sur les questions de désaccord doctrinal, Calvin a conseillé la tolérance concernant les aspects non essentiels. Car les articles de la vraie doctrine ne sont pas tous du même genre. Voici les mots de l'apôtre : " Soyons tous donc d'un même esprit; et si vous êtes en quelque point d'un autre avis, Dieu vous éclairera aussi là-dessus " (Philippiens 3:15).

Comme tous les leaders religieux, Calvin était aussi très humain et ses disciples ont inclus certaines de ses autres idées dans un système parfois intolérant connu sous le nom de " calvinisme ". Mais le tome quatre des Institutions, l'Église, par le clairvoyant Calvin, dans la merveilleuse providence de Dieu, était nécessaire afin de renforcer la foi et l'amener à sa réalisation. Elle l'est toujours d'ailleurs.