Église Universelle de Dieu, Canada
Septembre & Octobre 2005

Une lumière aveuglante

de Joseph Tkach

pasteur général

Jésus a dit: "Je suis la lumière du monde [...]. Je suis venu dans ce monde pour qu'un jugement ait lieu, pour que ceux qui ne voient pas voient" (Jean 9.5, 39). Et pour le prouver, il a guéri un homme qui était né aveugle. Il est venu pour aider les gens à voir, pour qu'ils comprennent quelque chose sur l'amour de Dieu pour eux.

Mais Jésus a aussi dit qu'il est venu pour apporter la cécité: "Je suis venu dans ce monde pour [...] que ceux qui voient deviennent aveugles" (Jean 9.39). C'est une parole dure; il est facile de comprendre qu'un médecin soit venu pour guérir des malades, mais il est difficile de comprendre qu'un médecin soit venu pour rendre malades des gens en santé.

À qui est la faute?

Revoyons l'histoire racontée en Jean 9. En traversant Jérusalem, Jésus et les disciples ont vu un homme aveugle. D'une façon ou d'une autre, ils savaient que l'homme était aveugle depuis sa naissance, et les disciples ont saisi l'occasion pour poser à Jésus une question théologique qui les intriguait: "Dis-nous, Maître, pourquoi cet homme est-il né aveugle? Est-ce à cause de son propre péché ou de celui de ses parents?" (v. 2) Ils ont présumé qu'un tel problème était le résultat du péché, mais du péché de qui au juste?

Aucune des deux suggestions ne semblait exacte, et Jésus a acquiescé. "Jésus répondit: Cela n'a pas de rapport avec son péché, ni avec celui de ses parents; c'est pour qu'en lui tous puissent voir ce que Dieu est capable de faire" (v. 3). Dieu a-t-il permis que l'homme soit aveugle seulement pour que Jésus opère un miracle? Je ne crois pas que c'est là où Jésus voulait en venir.

Jésus semble parler du résultat plutôt que du but ou de la cause. L'homme était né aveugle, et il ne sert à rien, ni pour l'homme ni pour nous, de spéculer pour savoir qui, par son péché, est responsable de la cécité de l'homme. L'aveugle-né n'a nul besoin d'une discussion sur les causes du péché, mais il a besoin de voir, et Jésus précise que le résultat de sa condition sera que les gens verront l'œuvre de Dieu en lui. Par ces paroles, je crois que Jésus parlait bien plus que d'un miracle.

Jésus a ajouté: "Il nous faut accomplir les œuvres de celui qui m'a envoyé tant qu'il fait jour" (v. 4). Un proverbe moderne qui lui ressemble dit: "Battre le fer pendant qu'il est chaud", autrement dit, travaillez pendant que vous le pouvez parce que, comme Jésus a averti, le temps viendra où vous ne le pourrez pas. "[...] la nuit vient où plus personne ne pourra travailler" (v. 4). Quand cela arrivera-t-il, nous demandons-nous peut-être. Quand sera-t-il impossible d'accomplir les œuvres de Dieu?

Jésus poursuit: "Aussi longtemps que je suis encore dans le monde, je suis la lumière du monde" (v. 5). Tant qu'il est ici, c'est le jour, mais un temps viendra où il s'en ira et que le travail s'arrêtera. Heureusement pour nous, cette "nuit" n'a pas duré longtemps, car Jésus est ressuscité d'entre les morts et il agit maintenant dans son peuple et à travers lui. (Nous aussi devons travailler pendant que nous le pouvons, parce qu'un temps viendra où ne nous pourrons plus rien faire.)

L'obéissance aveugle

Pour illustrer ce qu'il voulait dire par être une lumière du monde, Jésus a craché par terre, a fait un peu de boue avec sa salive, l'a appliquée sur les yeux de l'aveugle et lui a dit d'aller se laver dans le réservoir de Siloé. À partir de ce récit, il est difficile de savoir combien de choses l'homme savait sur Jésus. Il connaissait son nom, mais il pouvait bien ne pas en savoir davantage à son sujet. Il est tout de même allé au réservoir de Siloé, et il a été guéri. Il aurait été intéressant de voir sa réaction, mais tout ce que l'histoire raconte est qu'il est allé chez lui (v. 7).

Pourquoi Jésus a-t-il guéri l'homme d'une façon si inhabituelle? S'il avait voulu seulement opérer un miracle, il aurait guéri l'aveugle-né instantanément. Il aurait pu dire à ses disciples qu'il pouvait donner la vue spirituelle en claquant simplement des doigts. Mais les disciples n'ont pas été témoins d'un miracle: tout ce qu'ils ont vu est Jésus mettre de la boue sur le visage de quelqu'un et lui dire ensuite d'aller se laver.

Jean ne nous dit jamais comment les disciples ont réagi lorsqu'ils se sont finalement rendu compte de la guérison. L'histoire que Jean nous raconte n'est donc pas tellement à propos du miracle, mais de la manière dont l'homme a appris qui était Jésus, et quelle a été sa réaction lorsqu'il l'a su. C'est l'œuvre de Dieu de loin la plus importante qui s'est manifestée dans la vie de cet homme.

La nouvelle s'est répandue, et l'aveugle-né a dit aux gens que "l'homme qui s'appelle Jésus" l'avait guéri (v. 11). Puis les pharisiens, ceux qui se disent juges de toute vérité spirituelle, ont commencé à enquêter sur l'événement surnaturel. Certains d'entre eux avaient déjà conclu que Jésus ne pouvait pas venir de Dieu, parce qu'il avait travaillé le jour du sabbat. (Même Dieu devait apparemment garder leurs lois.)

D'autres avaient un esprit plus ouvert et disaient que des pécheurs (du moins les pécheurs qu'ils connaissaient) ne pouvaient pas opérer un tel signe miraculeux (v. 16). Ils ont alors demandé à l'homme qui avait été aveugle ce qu'il en pensait. "Il est un prophète", a répondu l'homme. Il est comme Élie, envoyé par Dieu avec un message.

Les Juifs, ou du moins certains d'entre eux, ne semblant pas apprécié cette réponse, ont donc cherché un moyen de discréditer le miracle. Ils ont questionné les parents de l'aveugle-né, et ceux-ci ont attesté les faits: leur fils était bel et bien né aveugle, mais maintenant il voyait; cependant, ils ignoraient qui l'avait guéri. Ils ne voulaient pas donner une opinion quant à savoir si Jésus venait ou non de Dieu, parce qu'ils craignaient d'être exclus de la synagogue (v. 22).

Je plains les parents. Ils avaient probablement vécu pendant des années avec l'accusation que leur fils était aveugle à cause de leurs péchés. Ils avaient besoin de la synagogue, parce que fréquenter ce lieu était leur seul moyen de prouver qu'ils étaient après tout de bonnes personnes. Même si leur fils pouvait maintenant voir, eux ne voulaient pas prendre le risque d'être expulsés. Jean inclut probablement ce détail parce que c'était précisément la situation que vivaient certains de ses lecteurs. Après la destruction de Jérusalem en l'an 70 apr. J.-C., les chefs religieux se sont réunis et ont commencé à exiger plus de conformité; ils ne permettaient pas aux gens de fréquenter la synagogue s'ils avaient des croyances défendues à propos d'un Messie.

Jean nous présente plusieurs types de personnes: 1. ceux qui se sont déjà fait une idée que Jésus n'est pas de Dieu; 2. ceux qui sont intrigués par Jésus, mais qui essaient toujours de le discréditer; 3. ceux qui refusent de se prononcer et qui probablement ne veulent rien savoir parce qu'ils ont peur des conséquences; et 4. ceux qui considéraient Jésus comme bon et qui voulaient en apprendre davantage sur lui.

Croître dans la foi

Les chefs religieux, étant retournés voir l'homme guéri, lui ont posé de nouveau la même question, mais l'homme leur a donné la même réponse. Les chefs ont rétorqué: "Cet homme [Jésus] est un pécheur, nous le savons" (v. 24). L'homme guéri a répondu: "S'il est pécheur ou non [...] je ne n'en sais rien. Mais il y a une chose que je sais: j'étais aveugle et maintenant, je vois" (v. 25). Il devait être un peu exaspéré de leur attitude, car il a demandé: "Je vous l'ai déjà dit [...], et vous ne m'avez pas écouté. Pourquoi tenez-vous à me le faire répéter? Est-ce que, par hasard, vous avez l'intention de devenir vous aussi ses disciples?" (v. 27).

Les chefs religieux offensés par cette idée ont donc répliqué par des insultes, en tirant des conclusions catégoriques: "C'est toi qui es son disciple; nous, nous sommes les disciples de Moïse" (v. 28) - et on ne peut pas être un disciple des deux. Jean savait que ses lecteurs avaient aussi besoin d'entendre cela. Ne vous inquiétez pas d'être expulsés de la synagogue, semble-t-il dire. Vous auriez dû la quitter, il y a bien longtemps, de toute façon.

L'homme est devenu plus audacieux en disant aux chefs religieux qu'ils ne savaient même pas si Jésus était de Dieu, mais qu'il lui avait ouvert les yeux, et que Dieu n'écoute pas les pécheurs. "[...] mais si quelqu'un est attaché à Dieu et fait sa volonté, il l'exauce" (v. 31). Autrement dit, Jésus est un homme de Dieu qui fait la volonté de Dieu. "Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il n'aurait rien pu faire" (v. 33). C'est la question centrale qui résume tout l'évangile de Jean: Jésus vient-il de Dieu? L'homme guéri a déclaré que Jésus est de Dieu.

Les chefs religieux se sont fâchés contre cet homme profane qui essayait de leur enseigner la théologie, et ils l'ont expulsé de la synagogue. Ils ne voulaient pas qu'il raconte son histoire à plus de gens.

Jésus ayant entendu ce qui se passait est allé à la recherche de l'homme qu'il avait guéri. "[...] Il alla le trouver et lui demanda : Crois-tu au Fils de l'homme?" (v. 35). Dans ce passage, Jésus semble se servir du terme "Fils de l'homme " comme d'un titre messianique peut-être dérivé de la vision de Daniel où il parle de "quelqu'un semblable à un fils d'homme" à qui a été donnée la souveraineté (Daniel 7.13,14). L'homme guéri a demandé à Jésus: "Qui est-ce? Dis-le moi, Seigneur, pour que je puisse croire en lui" (v. 36). Il semblait dire à Jésus que, s'il était censé croire en quelqu'un, alors il le ferait.

Jésus s'est révélé comme le Fils de l'homme, et l'homme guéri s'est prosterné devant lui (v. 38). Tout comme il pouvait voir physiquement, il pouvait aussi voir spirituellement, et c'est ainsi que l'œuvre de Dieu a été manifestée dans sa vie.

Le jugement

Jésus enseigne ensuite une autre leçon théologique: "Je suis venu dans ce monde pour qu'un jugement ait lieu, pour que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles" (v. 39). Jésus est la norme d'après laquelle toute l'humanité sera jugée. Si les gens l'acceptent, alors Dieu les accepte, mais s'ils le rejettent, ils sont rejetés. En d'autres termes, lorsqu'une personne refuse la lumière, elle n'a que l'obscurité. Jésus déclare être le chemin, la vérité et la vie. Il affirme aussi être la lumière, celui qui permet aux gens de voir.

Certains refusent de voir et ont peur, parce que Jésus invalide leur insigne de justice. Et lorsqu'ils se détournent de Jésus, de la seule vraie lumière, ils s'enfoncent encore plus dans l'obscurité. Dans ce récit de l'aveugle-né, les chefs religieux de la synagogue préféraient être aveugles qu'admettre leur tort.

Quelques pharisiens ont demandé: "Serions-nous, par hasard, nous aussi des aveugles?" Et Jésus a expliqué sa parabole: "Si vous étiez de vrais aveugles [...] vous ne seriez pas coupables. Mais voilà: vous prétendez que vous voyez; aussi votre culpabilité reste entière" (v. 41). Lorsqu'il a dit: " ceux qui voient deviennent aveugles", il ne parlait pas des gens qui voyaient vraiment spirituellement, mais il parlait de ceux qui croyaient détenir la vérité spirituelle, alors que ce n'était que ténèbres. Ils prétendaient connaître la vérité spirituelle, mais lorsque la Vérité était là devant eux, ils ne la voyaient pas. Jésus ne les a pas rendus aveugles, mais il leur a montré qu'ils étaient aveugles. Les gens sont jugés d'après leur réponse à Jésus. S'ils admettent leur ignorance et leur désir d'être instruits, ils ne sont pas considérés comme coupables, mais s'ils prétendent voir et qu'ils rejettent la seule vraie lumière, ils sont alors coupables.

Lorsque vous regardez Jésus, que voyez-vous?