Chrétiens sur la ligne de front

Par Sue Careless

 

Vera Teschow-Ormerod, 27 ans, se trouve stimulée par les gens. Elle aime préparer un dîner savoureux à la Maison Matthieu (Matthew House), un foyer pour réfugiés, pendant qu'elle converse avec une douzaine de nouveaux immigrants de par le monde. Par après, elle invite des Albanais, des Tibétains et des Nigérians à venir faire un tour chez elle, à sa maison de Toronto, pour y jouir de divertissements.

Son travail rémunéré d'enseignante au niveau primaire est essentiel, mais son travail de bénévole l'est également. Il n'y a aucun centre d'accueil gouvernemental pour les quelques 20 000 prétendants au statut de réfugiés qui arrivent chaque année au Canada sans répondant. Plusieurs aboutissent dans des refuges pour sans-abri. Les Services baptistes pour Réfugiés de Toronto opèrent la Maison Matthieu ; son nom s'inspire de Matthieu 25:35 : " J'étais un étranger et vous m'avez accueilli. "

" Je reçois autant du bénévolat que ce que j'y mets, " dit Teschow-Ormerod. " C'est tellement satisfaisant. C'est définitivement une voie où l'on reçoit autant que l'on donne. "

Non seulement son bénévolat est-il productif, il est aussi contagieux. Elle invite certains des immigrants de ses classes à se porter volontaires. Un Algérien a aidé ses étudiants dans leur français. Un autre jeune réfugié albanais s'est montré si reconnaissant envers la Maison Matthieu qu'il s'est offert bénévolement pour les Repas Mobiles, en livrant de la nourriture aux chômeurs.

" Il est vrai que la foi sans les œuvres est morte, " dit Teschow-Ormerod. " Je ne me suis jamais sentie plus vivante dans ma foi. Nous sommes tous occupés. Vous devez prendre le temps. Je n'ai aucune tolérance vis-à-vis les gens qui disent n'avoir pas le temps pour se porter volontaires. "

Pourtant, il n'y a que trois adultes canadiens sur dix qui se portent volontaires. Et le " manque de temps " est la raison principale citée par ceux qui ne font rien.

L'an 2001 a été nommée Année Internationale du Bénévolat par les Nations Unies. Les experts disent que le Canadien bénévole typique offre environ 2,8 heures par semaine. Généralement, la personne bénévole a entre 35 et 44 ans, est instruite, possède une occupation à haut revenu, a des enfants âgés de 6 à 17 ans vivant à la maison, et vit dans une ville de petite ou de moyenne dimension. La moyenne des bénévoles a aussi beaucoup moins tendance à regarder la télévision que le Canadien moyen et possède une plus grande foi religieuse.

Cet élément de foi n'est pas surprenant chez plusieurs chrétiens, pour qui le service envers le prochain est une voie qui fait honneur à la pratique de la foi. Mais pour plusieurs non-chrétiens, c'est une surprise - et un témoignage puissant.

Plus de la moitié des 7,5 millions de Canadiens se portant bénévoles au cours d'une année sont chrétiens. Les gens qui s'adonnent au culte hebdomadaire donnent 39 % des heures de bénévolat canadien. À cela s'ajoutent ceux qui assistent moins fréquemment, ce qui donne un total de 69 %, selon un sondage réalisé en 1997.

Dans une année, les bénévoles canadiens accumulent assez d'heures pour équivaloir à 578 000 emplois à temps plein. C'est plus que la main-d'œuvre entière du Manitoba. Pour payer ces bénévoles, il faudrait débourser 16,3 MM $, selon une évaluation tirée des chiffres de Statistiques Canada pour l'année 1998.

Ces chiffres représentent un véritable argument mettant en évidence que le christianisme est matériellement rentable pour le pays - spécialement depuis que plusieurs actions bénévoles réalisées par des chrétiens et d'autres organismes religieux (87 %, en fait) s'effectuent pour le bien d'organismes non religieux. Les luthériens sont les plus portés au bénévolat, suivis des baptistes, de l'Église unie, des anglicans et des catholiques romains, selon l'Institut de recherche du comité chrétien à Ottawa.

La religion est le facteur essentiel

Les gens qui font partie de confessions protestantes conservatrices possèdent le taux le plus élevé de donations et de bénévolat, dit Paul Reed, spécialiste senior des sciences humaines, à Statistiques Canada, et professeur de sociologie et de loi à l'Université de Carleton.

Presque la moitié de tous les fidèles qui assistent aux assemblées de manière hebdomadaire sont des bénévoles, comparé aux 26 % de ceux qui n'assistent par régulièrement.

" Les bénévoles sont des gens socialement impliqués ou engagés, " explique M. Reed. " D'abord, ils sont socialement reliés à la matrice des rapports sociaux qu'ils prennent au sérieux. Deuxièmement, les bénévoles sont socialement ancrés à un ensemble de croyances et de convictions. " M. Reed croit que ces rapports sociaux et ces croyances les stimulent et les soutiennent dans leur travail de bénévoles.

Evadne Wilkinson est la coordonatrice du programme Out of the Cold (Quitter la froidure), programme pour les sans-abri de Toronto. Elle se dit motivée en partie par une leçon qu'elle a apprise en grandissant aux Barbades : " Qu'importe le peu que vous avez, vous le partagez avec d'autres. Votre foi vous y conduit et vous soutient. " À Toronto, chaque jour de l'hiver, 1 500 personnes de la rue sont nourries à Out of the Cold et, chaque nuit, 450 sans-abri dorment dans une église, une mosquée ou une synagogue. Le programme fonctionne avec 100 salariés et 7 000 bénévoles.

Après avoir maintenu le programme Out of the Cold à raison d'une nuit par semaine pendant les dix derniers hivers, l'Église anglicane Saint-Simon l'Apôtre de Toronto fonctionne maintenant sept jours par semaine, pour l'année en cours. " Les Écritures nous demandent d'aimer Dieu et d'aimer notre prochain. C'est si simple, mais nous le faisons de manière si compliquée, " explique le révérend Robert Clubbe. Il croit que les communautés de foi peuvent offrir " plus de compassion et moins de paperasserie " que les agences gouvernementales. L'extension du programme exigera 210 bénévoles par semaine.

Ken Little, directeur de Mission Cité de Toronto, va au cœur du bénévolat chrétien par ces mots : " Les chrétiens évangéliques s'intéressent à la personne dans son entier. " M. Little explique que le grand commandement d'aimer Dieu et son prochain est, en effet, une composante de l'unité. " Aimer l'indigent, c'est aimer Jésus ! "

" Jésus est venu pour sauver le monde de ses péchés. Il est aussi venu guérir les malades, nourrir les affamés et briser les barrière de la bigoterie et des préjugés. " M. Little écrit, dans son introduction à Moved with Compassion : Stories of Canadian Christians Living Out God's Love (Agir avec compassion : récits de chrétiens canadiens vivant l'amour de Dieu) : " L'évangile touche le corps et l'âme, le cœur et l'esprit. L'évangile est holistique. Il ne peut pas être sectionné en une moitié spirituelle et une moitié sociale. "

Le court terme est maintenant chose commune

Les raisons théologiques pour se porter volontaire peuvent être demeurées inchangées, mais la forme de ce bénévolat a changé dramatiquement au Canada, ces dernières années.

Par exemple, le nombre de bénévoles a augmenté de 40 % depuis 1987 (tandis que la population n'a augmenté que de 20 % pendant ce laps de temps). Mais le nombre moyen d'heures a baissé dramatiquement : de 191 à 149 heures par année.

De plus en plus, les bénévoles optent pour des assignations à court terme, même sur la base d'une seule fois ou d'un seul passage. Des occasions à si court terme réussissent à tous les nouveaux bénévoles aussi bien qu'à ceux qui ne désirent pas en faire une obligation à long terme. Elles peuvent aussi éviter l'épuisement des bénévoles.

Mais cette approche à court terme limite ces volontaires à des tâches rapides et faciles à apprendre, ce qui n'est pas toujours ce dont les organismes ont besoin.

D'autres organisations ont été capables de capitaliser sur la tendance vers le court terme. L'Habitat pour l'Humanité, qui construit des maisons pour les gens à faible revenu, emploie souvent une méthode de construction éclair. Par exemple, à Halifax, en 1999, ce groupe a coordonné le travail de 500 bénévoles pour construire dix maisons en une seule semaine.

Bob McFarland, retraité avec expérience dans le domaine de la construction, a offert son aide dans cet assaut éclair. Mais, en raison de sa disponibilité et de son expertise dans la construction, il a été plutôt pressé de coordonner les deux mois de travail préparatoire - impliquant diverses compagnies - afin d'établir les fondations.

L'Église baptiste écossaise, près de Brantford, Ontario, n'a que trente membres et la plupart d'entre eux sont des aînés. Mais leur âge ne les empêche pas d'accueillir environ trente ouvriers de la ferme pour souper, et c'est ce qu'ils font, chaque dimanche soir, de juin à septembre, depuis les six dernières années. (D'autres églises baptistes font de même.) Ces ouvriers étrangers apprécient l'hospitalité, d'autant plus que le travail les éloigne de leurs familles pendant près de sept mois.

Les hommes de la congrégation lâchent un coup de téléphone aux fermes locales pour pouvoir ramasser les ouvriers à leurs baraquements, tandis que les femmes préparent l'alimentation. " Nous ne savons jamais quand ils arriveront ou combien il y en aura, " dit la coordonnatrice des bénévoles, Lois McIntosh. Après le repas, des prédicateurs espagnols des environs de Cambridge tiennent une assemblée et un programme en espagnol. Les organisateurs donnent des Bibles espagnoles à tous les ouvriers. Quelques-uns se rencontrent pendant la semaine pour l'étude de la Bible.

Les bénéfices dépassent les coûts

Les organisateurs bénévoles admettent que le volontariat vous sort de votre zone de confort et peut être intimidant, au début. Une bonne orientation et de la formation, comme une surveillance prudente, bénéficient à la fois aux destinataires du programme et aux bénévoles. Obtenir une bonne coordination est crucial. Tout le monde ne se montre pas capable, même avec une formation approfondie et de la supervision, de répondre aux personnes suicidaires qui appellent dans les centres de détresse.

Les hôpitaux peuvent être des endroits effrayants pour certains volontaires ; cependant, un bénévole peut aider les patients sans qu'il n'ait jamais à faire un pas dans le pavillon. Les bénévoles vont simplement reconduire les patients à leur rendez-vous à l'hôpital. D'habitude, les nouveaux bénévoles travaillent d'abord avec les patients fracturés et ne passent ensuite chez les cancéreux ou les grands brûlés que lorsqu'ils se sentent confortables.

Roger Broadbent s'est porté bénévole par accident. Quand une amie âgée a subi une attaque débilitante, Broadbent lui rendit visite dans sa maison de retraite.

Broadbent est un homme affable, rarement en manque de verve, mais essayer de converser avec cette femme déprimée s'avérait futile.

Découragé, il s'assit au piano tout proche et, sans réfléchir, il joua April Shower. La femme, toujours incapable de parler, s'égaya considérablement, de même que plusieurs autres résidents. Le personnel l'a invité à revenir et Broadbent joue maintenant dans les maisons de retraite et des hôpitaux partout dans Toronto. Il s'est bâti un répertoire de 200 chansons à partir de la musique populaire du début du 20e siècle.

Dans les unités ambulatoires du Centre de Science Santé de Sunnybrook, l'auditoire ne fait pas que chanter, mais il se lève souvent pour danser. Même dans l'unité d'Alzheimer, les résidents, qui ne peuvent pas se souvenir de leurs propres noms, chantent toutes les mélodies. Alors, il est de retour, chaque dimanche, pour jouer des hymnes dans les réunions pastorales. La musique de Broadbent relève le moral du personnel comme des résidents.

Les gens se portent volontaires parce qu'ils veulent faire la différence. Ils veulent apporter une réelle contribution. Ils apprécient la reconnaissance et l'estime. Les bénévoles donnent, mais ils reçoivent aussi, soit dans le " dur " partage concret de talents cachés, soit dans la " douce " et incommensurable satisfaction retirée des sourires timides et des murmures de remerciement.

Au Canada, l'Année Internationale des Bénévoles est promue par les bénévoles du Canada, plusieurs départements du gouvernement fédéral et des commanditaires privés. Ces groupes suggèrent trois sites Internet où les organismes et les personnes intéressées par le bénévolat peuvent se voir jumelés à diverses opportunités au sein de leur propre communauté : www.charityvillage.com, www.swatjob.com et www.voe-reb.org.

Jésus a proclamé que, jusqu'à son retour, chaque année est une année de service. Et, comme vous le diront les bénévoles chrétiens : c'est quand on est à son service que l'on possède la parfaite liberté.

Auteure de Toronto, Sue Careless est mariée à un bénévole extraordinaire. Tone (Antony) Careless fut donneur de sang (100 pintes), a offert ses services pendant 23 ans à l'Hôpital des Enfants, 20 ans comme chef pour les enfants, 20 ans comme enseignant à l'École du dimanche et 5 ans comme gérant d'affaires pour un jeune orchestre d'instruments à vent.

Cet article a d'abord paru dans la publication de mars/avril 2001 de Faith Today.


Quelques liens vers des programmes de bénévoles chrétiens

Le programme Neighbourlink, programme de bénévoles coordonné par Vision Mondiale du Canada, utilise des volontaires de 450 églises. Visitez leur site Internet http://www.worldvision.ca et allez à Explore World Vision Canada (la loupe) et choisissez Neighbourlink ou utilisez le lien qui suit : www.worldvision.ca/welcomewvc/Homewvc.nsf/home?OpenFrameset.

Pour de plus amples informations, vous pouvez téléphoner au :1-800-268-1650 ext. 2741

Volunteer Canada fait le profil de l'Armée du Salut dans sa récente histoire du bénévolat, A Time-Honoured Tradition. Pour obtenir des informations sur les occasions d'exercer votre bénévolat, envoyez un courrier électronique à : savolunteering@sallynet.org.

 

 

 

 

Faits intéressants au sujet du bénévolat

Il y a sept types de travail bénévole formel : le type fraternel (Club Optimiste, Kiwanis), le sportif, le culturel et l'éducatif, le politique, le relationnel au travail professionnel, le religieux et les passe-temps. La Saskatchewan offre le taux le plus élevé dans le type religieux et le plus bas dans le bénévolat fraternel, alors que le Québec est le plus élevé dans le type fraternel et le plus bas dans la participation aux organisations religieuses.

• Trois-quarts des bénévoles dans les organisations religieuses assistent aux assemblées hebdomadaires ; ils représentent presque 90 % du nombre total d'heures offertes à ces organismes.

• Presque les trois-quarts de toutes les heures des bénévoles sont fournies par une minorité minuscule : 8 % de la force bénévole. Ce principal noyau dur de bénévoles, combiné avec les autres 20 % de Canadiens dévoués, représentent 83 % de toutes les heures de volontariat.

• Les statistiques au sujet du bénévolat comprennent le temps donné aux organismes charitables et bénévoles. Elles ne comptent pas le temps passé à aider son entourage, etc.

• Il y a plus de femmes bénévoles que d'hommes, mais les hommes bénévoles y consacrent plus d'heures.

• La meilleure façon pour les organisations d'obtenir des bénévoles, particulièrement chez les plus jeunes, est de lancer des invitations personnelles. On doit demander aux bénévoles éventuels, non seulement quels talents ils ont à offrir, mais aussi quels talents ils voudraient développer et qu'est-ce qu'ils voudraient apprendre.

• Un quart des jeunes sans emploi disent que le bénévolat les a vraiment aidé à trouver de l'emploi.

- SC

 

 

Pourquoi 31 % des Canadiens sont-ils bénévoles ?

• (96 %) Ils croient dans la cause

• (78 %) Ils peuvent utiliser leurs talents et leur expérience

• (66 %) Ils ont été personnellement touchés

• (54 %) Ils peuvent explorer leurs propres possibilités

• (29 %) Pour accomplir des obligations et croyances religieuses

• (25 %) Parce que leurs amis se portent volontaires

• (22 %) Pour améliorer leurs talents au travail

Sondage sur les donations, le bénévolat et la participation (1997)

 

Pourquoi 69 % des Canadiens ne se portent-ils pas volontaires ?

• (69 %) Par manque de temps

• (50 %) Ne veulent pas s'engager toute l'année

• (33 %) On ne leur a pas personnellement demandé

• (33 %) Donnent de l'argent au lieu de temps

• (30 %) Ne s'intéressent pas au bénévolat

• (23 %) Ont déjà fait une contribution comme volontaires

• (18 %) Les dépenses financières associées au bénévolat

• (16 %) Ne savent pas comment s'impliquer