Une situation déplorable

Comprendre la puissance d'une excuse

de Neil Earle et Curtis May

Pourquoi devrais-je m'excuser aux descendants des esclaves, de l'holocauste ou des Irlandais du Nord? Je ne leur ai rien fait. C'est arrivé avant ma naissance. Comment nous excuser pour des choses que nous n'avons pas faites peut-il servir à quoi que soit? Est-ce biblique? Pouvez-vous l'appuyer? Ne provoquez-vous pas simplement le trouble?

Du Bureau des ministères de réconciliation de l'Église universelle de Dieu (BMR), nous recevons souvent ce genre de questions. Ce sont des questions logiques, et elles méritent une réponse.

Considérez l'anecdote suivante : le chef de police d'une ville importante des États-Unis, un leader dans la réconciliation communautaire, a récemment confessé à l'un de nous une erreur de jugement. Il était assis dans un restaurant, et son serveur était turc. Soudain, des ressentiments profondément enfouis dans le psychisme du chef ont refait surface. Il a décidé de rendre la vie du jeune serveur misérable.

Pourquoi?

Le chef était un descendant arménien. En lui sommeillaient des sentiments profonds qu'il avait entendus exprimer autour de la table familiale à propos du génocide arménien, un des crimes les plus haineux du 20e siècle. « Les Turcs n'ont jamais demandé pardon pour cet épisode, nous a raconté le chef. Malgré tout, je n'ai aucune excuse pour justifier mon comportement envers ce jeune homme. »

Des événements qui datent de 100 ans sont sortis du passé, comme si c'était des blessures infligées la veille.

« La terre du passé vivant »

Vous vous souvenez du « nettoyage ethnique »?

Dans les années 1990, des millions de personnes dans les Balkans se sont retrouvées prisonnières des haines et des ressentiments qui remontaient aux querelles et aux atrocités des années 1300. Un journaliste a appelé cette région: « La terre du passé vivant ».

L'auteur William Faulkner a écrit: « Le passé n'est pas mort; ce n'est même pas passé. »

Les vieilles haines et les animosités existent encore. Le trouble est déjà là qui se promènent; la main morte du passé n'est pas si morte. Les personnes encore vivantes transportent toujours sur elles les souvenirs amers des torts infligés à leurs ancêtres, des blessures qui ont été transmises d'une génération à l'autre. Une phrase en Exode 20.5 me vient à l'esprit: « Je punis les fils pour la faute de leur père, jusqu'à la troisième, voire la quatrième génération ».

Les haines prennent une vie qui leur est propre: les Capulet et les Montague dans « Roméo et Juliette », les Hatfield et les McCoy au début de la colonisation de l'Amérique. En Bosnie, les blessures sont descendues dans les rues. Devant des haines profondément enracinées, de simples excuses peuvent-elles servir à quelque chose?

« Les attitudes ont une sorte d'inertie, a écrit M. Scott Peck, mais une fois en marche, elles se perpétuent, même devant des preuves. Pour changer d'attitude, il faut beaucoup de travail et de souffrance. »

« Travail et souffrance », c'est la partie difficile. Alors, où doit-on commencer? Qui est responsable d'essayer de briser de tels cycles de haine? Les morts? Bien sûr que non. Qui alors entrera dans la brèche, et comment?

Les péchés des pères?

Beaucoup de conseillers croient qu'une première étape indispensable pour fermer tout cycle de haine consiste à travailler vers des excuses. « Quoi? De simples excuses? » Attendez, s'excuser n'est pas si simple; c'est pourquoi il faut y travailler. C'est un processus qui exige un engagement émotionnel et spirituel de la part de celui qui les offre, et une acceptation de la part du parti blessé. Ce qui revient à dire que ni la miséricorde ni le pardon ne sont faciles, et cela de part et d'autre.

Jésus a fait allusion à ce genre de situation en Matthieu 5.23, 24: « Si donc, au moment de présenter ton offrande devant l'autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis tu reviendras présenter ton offrande. »

Considérez ceci: seules les personnes humbles peuvent présenter des excuses sincères.

Les attitudes non maîtrisées se détériorent toujours; elles deviennent des obsessions. Sur la scène nationale, elles se manifestent souvent en croisades, en vendettas, en massacres, en épurations ethniques – le lexique affreux de la haine.

Mais quand est-il des choses qui sont arrivées il y a bien des générations? Une génération actuelle peut-elle être tenue responsable des actions de ses ancêtres? Apparemment que oui. Dans 2 Samuel 21, on nous parle d'une grave famine en Israël, au temps du roi David. Le roi a consulté Dieu à ce sujet, et Dieu lui a répondu: « Cela arrive parce que Saül et sa famille sanguinaire ont fait périr les Gabaonites » (2 Samuel 21.1). Des siècles auparavant, les Gabaonites avaient reçu la promesse d'être protégés comme étrangers résidant en Israël (Josué 9.15). Saül avait brisé cette promesse, et c'était la génération de David qui en payait le prix. « David demanda aux Gabaonites: Que puis-je faire pour vous? Comment pourrais-je expier le mal que vous avez subi […]? »

Les offenses sont personnelles, et il faut souvent une réponse personnelle pour les régler. Même sur le plan parental, nous pouvons constater la puissance des excuses. Quand un père, une mère ou un pasteur s'excuse à un jeune pour avoir réagi excessivement et durement, cela peut créer une immense bonne volonté. Les excuses font fondre les relations glaciales où chacun trébuche dans une confusion évasive, incertain de la prochaine chose à faire.

Briser le cycle

Evelyne O'Callahan Burkhard, une spécialiste en réconciliation qui travaille en Irlande et qui a acquis de l'expérience au Cambodge, a dit: « La première étape vers la paix, c'est de parler sincèrement de ce qui a mal tourné. » Cela prend du courage. Des excuses sincères détendent souvent l'atmosphère. « Je suis désolé que nous ayons ce problème. » Là où les fautes se sont abondamment accumulées, il faut de la vigueur pour faire tomber des barrières. « Dans l'histoire, il y a plusieurs exemples de nations qui ont essayé d'enterrer les haines plutôt que de faire face au passé, ajoute Burkhard. Si nous essayons d'ignorer ou d'enterrer le passé, il nous hantera et pourra même nous détruire. »

Le pardon est un acte de libération Il peut être accordé avec grâce après des excuses sérieuses. Mais quand il y a un refus d'admettre que quelqu'un, quelque part, a fait quelque chose de très mauvais, les relations demeurent tendues. Étant donné la nature humaine, l'étape suivante consiste souvent à blâmer les victimes pour exagérer les faits. « Vous l'inventez de toutes pièces. Ce n'est pas si pire. »

Et puis, le cycle continue et la maladie se perpétue. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'il existe une meilleure voie qui commence souvent par des excuses.