« Tout Israël sera sauvé »

de Michael Morrison


Dans les chapitres 9 et 10 de son épître aux Romains, Paul décrit un problème théologique: la plupart des Juifs rejettent l'Évangile. Non seulement ils se privent du salut, mais d'autres personnes se demandent si Dieu est fidèle à ses promesses. Au chapitre 11, Paul affirme que Dieu a un plan étonnant pour le peuple d'Israël.

Le reste d'Israël

À la fin du chapitre 10, Paul décrit Israël comme un peuple qui a entendu le message, mais qui refuse de l'accepter même si Dieu l'a supplié. Paul demande alors: « Dieu aurait-il rejeté son peuple? » (11.1), et il répond: « Assurément pas! En effet, ne suis-je pas moi-même Israélite, descendant d'Abraham, de la tribu de Benjamin? » Paul est une preuve vivante que Dieu n'a pas abandonné son peuple.

« Non, Dieu n'a pas rejeté son peuple qu'il s'est choisi d'avance » (v. 2). Le terme « choisi d'avance » ne fait pas référence à une connaissance préalable, comme si Dieu connaissait plus de faits sur les Juifs, mais plutôt à une relation que Dieu a avec les Juifs. Son alliance avec eux n'est plus valide comme une source de lois, mais les promesses qu'il leur a faites se réaliseront un jour. Dieu n'a pas abandonné les Juifs.

« Rappelez-vous ce que dit l'Écriture dans le passage rapportant l'histoire d'Élie dans laquelle celui-ci se plaint à Dieu au sujet d'Israël: “ Seigneur, ils ont tué tes prophètes, ils ont démoli tes autels. Et moi, je suis resté tout seul, et voilà qu'ils en veulent à ma vie” » (v. 2, 3, citant 1 Rois 19.10, 14). Élie croyait que tout le monde s'était éloigné de Dieu.

Paul demande ensuite au verset 4: « Eh bien ! quelle a été la réponse de Dieu? J'ai gardé en réserve pour moi sept mille hommes qui ne se sont pas prosternés devant le dieu Baal (1 Rois 19.18). Il en est de même aujourd'hui : il subsiste un reste que Dieu a librement choisi dans sa grâce » (v. 4, 5). La situation n'était pas aussi pire qu'Élie l'imaginait. À l'époque de Paul aussi, des milliers de Juifs croyaient en Christ. Il y a un reste, un petit pourcentage de Juifs qui suivent ce que Dieu fait.

Ils sont choisis par grâce et non d'après leur zèle pour la loi. « Or, puisque c'est par grâce, cela ne peut pas venir des œuvres, ou alors la grâce n'est plus la grâce » (v. 6).

Certains étaient endurcis

Paul demande alors au verset 7: « Que s'est-il donc passé? Ce que le peuple d'Israël cherchait, il ne l'a pas trouvé ». Les Juifs voulaient sincèrement être justes, mais leurs œuvres n'atteignaient pas leur niveau de justice désiré.

Paul dit que « seuls ceux que Dieu a choisis » ont obtenu la justice, mais les « autres ont été rendus incapables de comprendre, conformément à ce qui est écrit: Dieu a frappé leur esprit de torpeur, leurs yeux de cécité et leurs oreilles de surdité, et il en est ainsi jusqu'à ce jour » (v. 7, 8, adaptant Deutéronome 29.4 et Ésaïe 29.9, 10). La minorité a accepté l'Évangile; les autres l'ont refusé parce que Dieu les a abandonnés à leurs penchants.

Cependant, Paul déclare au chapitre 10 qu'ils ont entendu et compris et que Dieu les a suppliés, mais qu'ils ont refusé le salut. Et Paul dira plus loin qu'il a travaillé fort pour que quelques-uns soient sauvés (v. 14). Dieu n'a pas décidé que ces gens seraient perdus, mais ils ont rejeté Christ, et Dieu les a laissés agir à leur guise. Toutefois, un jour ils verront clair.

Aux versets 9 et 10, Paul cite un passage plus fort en Psaumes 69. 22, 23: « De même David déclare: Que leurs banquets deviennent pour eux un piège, un filet, une cause de chute, et qu'ils y trouvent leur châtiment. Que leurs yeux s'obscurcissent pour qu'ils perdent la vue. Fais-leur sans cesse courber le dos. »

Dans ce Psaume, David demande à Dieu de punir ses ennemis, même de les effacer du livre de vie ! Mais Paul ne demande pas cela, car les Juifs n'ont pas trébuché au-delà de tout rétablissement, et il travaille sans relâche pour qu'ils soient sauvés. L'apôtre ne cite pas le psaume pour que les Juifs soient éternellement punis, mais seulement pour son commentaire au sujet des yeux qui ne peuvent pas voir.

Exciter la jalousie des Juifs

Au verset 1, Paul pose une question qui servira de tremplin pour sa discussion, et au verset 11, il le refait: « Je demande alors : si les Israélites ont trébuché, est-ce pour tomber définitivement? Loin de là ! Par leur faux pas, le salut est devenu accessible aux païens, ce qui excitera leur jalousie. »

Les Juifs qui rejettent Christ ne sont pas désespérément perdus; ils peuvent encore être sauvés. Mais pendant ce temps, le salut est offert aux Gentils. Dans ce verset, Paul fait allusion à Deutéronome 32.21: « Eh bien, de mon côté, je les rendrai jaloux de ceux qui ne sont pas un peuple. Je les irriterai par une nation folle. » Contrairement à ce que la plupart des Juifs pensaient, Dieu bénirait tellement les Gentils que les Juifs en seraient jaloux.

Au verset 12, Paul passe d'une situation moins qu'idéale à une situation bien meilleure: « Et si leur faux pas a fait la richesse du monde, et leur déchéance la richesse des non-Juifs, quelle richesse plus grande encore n'y aura-t-il pas dans leur complet rétablissement? » Si l'échec des Juifs a apporté des bénédictions aux autres, le succès des Juifs n'en apporterait-il pas encore plus? Paul implique que le jour glorieux viendra où la plupart des Juifs accepteront Christ.

Paul croit que la majorité des Juifs seront sauvés: d'abord un reste de Juifs, ensuite un bon nombre de Gentils, puis la majorité des Juifs, et finalement une autre bénédiction pour les Gentils, le salut de la grande majorité.

Paul dit aux versets 13 et 14: « Je m'adresse particulièrement ici à vous qui êtes d'origine païenne: dans la mesure où je suis l'apôtre des non-Juifs, je me fais une idée d'autant plus haute de mon ministère que je parviendrai peut-être, en l'exerçant, à rendre jaloux mes compatriotes et à en conduire ainsi quelques-uns au salut. » Même si Paul écrivait aux Gentils, il posait une question aux Juifs. Il semble pratiquer ce qu'il allait dire au cours de son voyage à Jérusalem.

Au verset 15, Paul utilise encore un argument, en partant du plus petit pour aller au plus grand: « Car si leur mise à l'écart a entraîné la réconciliation du monde, quel sera l'effet de leur réintégration? Rien de moins qu'une résurrection d'entre les morts. » Si l'échec des Juifs a apporté le salut à tous les autres, est-ce que ce ne sera pas encore mieux quand les Juifs accepteront finalement l'Évangile? Ils peuvent être spirituellement morts présentement, mais Dieu peut ressusciter les morts.

De nouvelles branches greffées à l'arbre

Au verset 16, Paul passe à un style d'argument différent, en se servant d'analogies. Il utilise d'abord un exemple du système d'adoration d'Israël: « En effet, si les prémices du pain offert à Dieu sont consacrées, toute la pâte l'est aussi […] ». Personne ne pouvait manger de la récolte jusqu'à ce que les prémices aient été offertes (Lévitique 23.14). Après avoir été offerte à Dieu, toute la moisson était sanctifiée.

Dans le contexte, les prémices sont le reste d'Israël, le petit pourcentage de Juifs qui acceptent Jésus. Elles sont offertes à Dieu, et cela veut dire que toute la nation juive est mise à part pour Dieu.

Ensuite, Paul utilise une autre analogie: « […] Si la racine est consacrée, les branches le sont aussi. » La racine représente probablement les patriarches et, s'ils sont saints, leurs descendants le sont aussi, et Dieu ne les abandonnera pas.

Puis, Paul avance dans l'analogie de la greffe de la branche de l'arbre: « Ainsi en est-il d'Israël: quelques branches ont été coupées. Et toi qui, par ton origine païenne, étais comme un rameau d'olivier sauvage, tu as été greffé à leur place, et voici que tu as part avec elles à la sève qui monte de la racine de l'olivier cultivé. »

Paul n'est pas en train de donner un conseil horticole; il adapte son analogie à ses objectifs. La racine est la promesse du salut donnée à Abraham, une promesse maintenant réalisée par Jésus-Christ. Beaucoup des Juifs sont coupés de Christ, tandis que des Gentils sont greffés à l'arbre. Les Juifs ne sont pas supérieurs, mais les Gentils non plus.

C'est pourquoi Paul avertit ces Gentils au verset 18: « Ne te mets pas, pour autant, à mépriser les branches coupées. » C'était apparemment une tentation pour les chrétiens Gentils de Rome. Paul ajoute: « Et si tu es tenté par un tel orgueil, souviens-toi que ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est elle qui te porte! » Rappelez-vous que votre salut dépend d'une promesse donnée à l'ancêtre des Juifs, Abraham, et au Messie des Juifs, Jésus. Vous n'avez pas mérité le droit d'être greffé; c'est seulement à cause de la grâce de Dieu.

« Peut-être vas-tu dire: si des branches ont été coupées, c'est pour que je puisse être greffé » (v. 19). Paul répond alors que, même si c'était vrai, il pouvait encore leur montrer qu'ils ne devraient pas se croire supérieurs aux Juifs non-croyants. Au verset 20, Paul dit: « Bien ! Mais elles ont été coupées à cause de leur incrédulité; et toi, c'est à cause de ta foi que tu tiens. Ne sois donc pas orgueilleux! Sois plutôt sur tes gardes! Car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, il ne t'épargnera pas non plus » (v. 20, 21). Vous pouvez être coupé de l'arbre tout comme ils l'ont été.

Paul pense qu'il est possible que quelqu'un rejette la foi. Si le salut était prédestiné, alors les gens n'auraient aucune raison de trembler, et Paul n'impliquerait pas que Dieu pourrait les couper. Paul veut que les gens aient une assurance, sans pour autant présumer que tout est sûr, peu importe ce qu'ils font.

Au verset 22, Paul combine la grâce et le jugement de Dieu: « Considère donc, à la fois, la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité à l'égard de ceux qui sont tombés, bonté à ton égard aussi longtemps que tu t'attaches à cette bonté. Sinon, toi aussi, tu seras retranché. » Si nous nous éloignons de la grâce pour nous confier en nous-mêmes, alors nous serons coupés de l'arbre du salut.

Le salut d'Israël

« En ce qui concerne les Israélites, s'ils ne demeurent pas dans leur incrédulité, ils seront regreffés. Car Dieu a le pouvoir de les regreffer » (v. 23). Si les Juifs acceptent le Messie, ils seront regreffés à l'arbre abrahamique: tout peut changer, selon que les gens acceptent ou rejettent Christ.

Paul parle ensuite de la facilité pour les Juifs d'être de nouveau greffés à l'arbre: « En effet, toi (le Gentil), tu as été coupé de l'olivier sauvage auquel tu appartenais par ta nature, pour être greffé, contrairement à ta nature, sur l'olivier cultivé – si cette chose difficile a été faite – ; à combien plus forte raison les branches (les Juifs) qui proviennent de cet olivier seront-elles greffées sur lui! » (v. 24). Dieu peut facilement regreffer les Juifs.

Puis, Paul ajoute: « Frères, je ne veux pas que vous restiez dans l'ignorance de ce mystère, pour que vous ne croyiez pas détenir en vous-mêmes une sagesse supérieure: l'endurcissement d'une partie d'Israël durera jusqu'à ce que l'ensemble des non-Juifs soit entrés dans le peuple de Dieu, et ainsi, tout Israël sera sauvé […] (v. 25, 26)

Paul appelle cela un mystère, quelque chose qui était antérieurement caché, mais qui est maintenant révélé, et il est révélé pour que les Gentils ne se pensent pas supérieurs aux Juifs. Israël a été en partie endurci, c'est-à-dire que la plupart des Juifs ne croient pas présentement. Mais cette restriction est temporaire; elle durera jusqu'au moment où tous les Gentils élus croiront en Jésus.

Paul a déjà dit que les Juifs n'étaient pas tombés à un point de non-retour, et que les branches juives peuvent être greffées de nouveau s'ils croient; alors quand il dit qu'ils ont été endurcis jusqu'à ce que tous les Gentils élus viennent au salut, il implique un endurcissement temporaire. Et les versets suivants disent que le peuple juif est toujours aimé, que son appel ne peut être révoqué et que Dieu aura miséricorde de lui. Paul croit que la plupart des Juifs seront sauvés, parce que Deutéronome 32 prédit un temps où ils accepteront Jésus comme leur Sauveur.

Paul appuie son point en alliant des idées trouvées en Ésaïe 59.20, 21; 27.9 et en Jérémie 31.33, 34: « C'est là ce que dit l'Écriture: De Sion viendra le Libérateur; il éloignera de Jacob toute désobéissance. Et voici en quoi consistera mon alliance avec eux; c'est que j'enlèverai leurs péchés » (v. 26, 27). Ésaïe dit que le rédempteur viendra de Sion vers ceux de Jacob qui se repentent de leurs péchés, et Jérémie promet une nouvelle alliance dans laquelle Dieu ne se rappellera plus de leurs péchés.

Paul sait que Jésus, le Rédempteur, est venu à Sion, et Paul est certain que le Sauveur accomplira l'œuvre pour laquelle il est venu. Même quand la nation se trouvait dans un état lamentable, Dieu lui a promis un jour de salut, ainsi qu'une nouvelle alliance. Le fait que les Gentils sont entrés dans la nouvelle alliance ne change pas le fait que le salut a été promis aux Juifs. La promesse n'est pas brisée, mais elle s'est élargie pour inclure les Gentils.

Quand cela arrivera-t-il? Paul ne le dit pas. Les Juifs peuvent venir à Christ à n'importe quel moment.

Paul résume et conclut ainsi au verset 28: « Si l'on se place du point de vue de l'Évangile, ils sont devenus ennemis de Dieu pour que vous en bénéficiez. Mais du point de vue du libre choix de Dieu, ils restent ses bien-aimés à cause de leurs ancêtres. » Les Juifs sont présentement ennemis de l'Évangile, mais Dieu les aime toujours, et ils font encore partie du peuple élu. Pourquoi? « Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables » (v. 29). Dieu gardera ses promesses.

Aux versets 30 et 31, Paul fait un résumé: « Vous-mêmes, en effet, vous avez désobéi à Dieu autrefois et maintenant Dieu vous a fait grâce en se servant de leur désobéissance. De la même façon, si leur désobéissance actuelle a pour conséquence votre pardon, c'est pour que Dieu leur pardonne à eux aussi. » Le pardon est maintenant accordé aux Gentils; il sera également accordé aux Juifs, car le salut s'obtient par grâce.

La conclusion rationnelle de Paul se trouve au verset 32: « Car Dieu a emprisonné tous les hommes dans la désobéissance afin de faire grâce à tous. » Tous ont péché et méritent d'être punis au jour du jugement, mais en Christ tout peut être rendu vivant. La grâce de Dieu est « une source de salut pour tous les hommes » (Tite 2.11) – de toutes races et de toutes nations.

Doxologie

Qu'est-ce que Paul peut dire de plus? Il n'y a aucune preuve que cela arrivera; il n'y a que la promesse de Dieu, mais il est plus fidèle que l'est la preuve. Alors, Paul se lance dans une section de louange. C'est un appel à l'humilité théologique et intellectuelle, et c'est aussi un rappel que la théologie, si elle est faite correctement, devrait toujours conduire à la louange et à l'adoration. Si nous avons un aperçu de ce que Dieu a fait ou est en train de faire, nous réagirons avec émerveillement et reconnaissance.

Paul a commencé ce chapitre en parlant de l'échec humain, mais il le termine en louant le Dieu sur qui nous pouvons compter pour réussir:

« Combien profondes sont les richesses de Dieu, sa sagesse et sa science! Nul ne peut sonder ses jugements. Nul ne peut découvrir ses plans. Car, qui a connu la pensée du Seigneur? Qui a été son conseiller? (Ésaïe 40.13) Qui lui a fait des dons pour devoir être payé de retour? (Job 41.11) En effet, tout vient de lui, tout subsiste par lui et pour lui. À lui soit la gloire à jamais! Amen » (v. 33-36).

Que Dieu soit loué, lui qui dans sa grâce sauve les Juifs et les Gentils! Il est fidèle à son peuple et son plan subsistera.

Questions pour une application personnelle

Y a-t-il des gens aujourd'hui qui déclarent faire partie du peuple de Dieu, mais qui semblent ne pas en tenir compte? Paul garderait-il espoir pour eux?

Les gens choisissent-ils de rejeter l'Évangile (10.21) ou si c'est Dieu qui les a rendus aveugles (11.8)?

La jalousie peut-elle vraiment motiver les gens à se tourner vers Christ (v. 13)?

Me suis-je déjà senti supérieur aux non-croyants (v. 18)?

Paul veut-il que je sois confiant (8.38, 39) ou que je tremble (11.20)?

Quand je songe à ce que Dieu a fait dans ma vie, est-ce que je réagis avec des louanges (v. 33-36)? Que dirait mon poème?