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Implanter des Églises au Québec: une bataille ardue de Glen Smith Directeur: Direction Chrétienne I mplanter des Églises dans un Québec français sera toujours un défi monumental, surtout à cause des trois réalités suivantes propres au Québec. Premièrement, le monde francophone traverse une période de grands bouleversements. La mondialisation touche les missions en plus de l'économie, la technologie et la démographie. Nous vivons maintenant dans des villes-états reliées entre elles et La Francophonie, composée de 51 entités politiques différentes, n'est qu'un exemple du type de réseaux internationaux qui se forment un peu partout sur la planète. Le Québec, lui, s'efforce (et avec succès) d'être au cœur de La Francophonie et il regarde plus dans cette direction que vers le Canada anglais. Deuxièmement, on constate qu'au sein de ce réseau politique, l'urbanisation est en pleine explosion. Montréal et Québec sont en tête de liste des quarante villes de La Francophonie comptant plus de 500 000 habitants. Cela offre des possibilités infinies et pourtant l'Église commence à peine à saisir ce que cela signifie pour elle et toute l'influence qu'elle pourrait avoir dans le monde francophone. Enfin, la vie religieuse, en tant qu'institution, est en perpétuel déclin et elle perd son sens dans notre société. Cependant, les Québécois restent attachés à des croyances plutôt traditionnelles et à leurs racines spirituelles.TROIS RÉALITÉS CONCERNANT LE PAYSAGE RELIGIEUX QUÉBÉCOIS De nouvelles recherches soulignent trois tendances dans la vie religieuse au Québec. En les comprenant, les praticiens du ministère peuvent identifier les visions du monde du Québec (post)moderne et ils peuvent aussi réfléchir sur la spiritualité dans ce contexte. La première observation que nous pouvons faire lors d'une analyse de la vision du monde des Québécois est que la religion est bel et bien vivante dans la culture. L'affiliation religieuse continue d'être très loyale à l'Église catholique romaine. Plus de 88% des Québécois s'identifient toujours comme catholiques romains. Comme le souligne Reginald Bibby : " Au Québec, près de neuf catholiques sur dix ... s'identifient à la religion de leurs parents. Et s'ils ne le font pas, la tendance est alors de dire qu'ils en ont aucune. " Cependant, il faut tenir compte de considérations plus complexes. Lors de la dernière grande étude accompagnant le débat sur la place de la religion à l'école, Léger et Léger a relevé que seulement 18% des répondants pensaient que la religion était très importante ou assez importante dans la vie actuelle. Pourtant, 80% pensaient que la religion était importante ou assez importante il y a 20 ans. (" C'est sans contredit un cas d'amnésie sélective ! ", déclareront tous ceux d'entre nous qui étions dans le ministère à cette époque.) Néanmoins, quand les questions passent de la perception au désir, 83% des répondants veulent que la religion prenne une plus grande place dans la vie publique. Comme l'a si bien dit Ron Graham quand il parlait du Québec : "Trois siècles de mysticisme ne s'évaporent pas en trois décennies de matérialisme" (Graham, 1990, p.123). La deuxième observation est que la spiritualité a remplacé l'affiliation religieuse. Il est intéressant de remarquer que 63% des Québécois qui n'ont aucune affiliation religieuse pensent que la spiritualité est très importante ou assez importante dans leur vie. Cela est juste un peu inférieur aux catholiques romains (74%), aux protestants (75%) et aux adhérents d'autres fois (83%). Il ne s'agit que d'une visite aux Salons de l'ésotérisme de Montréal pour le constater. Dans une étude de Serge Larrivée, professeur de psychologie éducationnelle à l'Université de Montréal, on a découvert que 89% de tous les livres de sciences vendus dans les librairies du Québec en 2002 portaient sur les " sciences occultes ", c'est-à-dire les phénomènes ésotériques, l'astrologie, les phénomènes paranormaux, la psychologie populaire et la spiritualité, en opposition à l'étude des religions. En fait, de nombreuses librairies déclarent que plus de 50% de leurs ventes proviennent de cette sélection ! Fait intéressant, au Québec, 80% des revenus de la ligne 1-900 de Bell Canada proviennent d'astrologie. La pornographie rafle le 20% qui reste. (Sylvie Saint-Jacques, La Presse, mercredi, le 12 mars, 2003. Section E, pages 1-2). Finalement, une troisième observation montre que le contenu des croyances est relié aux changements socioculturels qui ont eu lieu au Québec dans les quarante dernières années. Parmi ces changements se retrouve une chute remarquable de l'assistance à l'Église de 67% ! De plus, même si 85 à 88% des Québécois affirment croire en Dieu (Angus Reid, Avril 2000 et CROP, Avril, 2000), les eaux deviennent troubles lorsqu'on demande aux gens de définir ce " Dieu. " Quelque 31% affirment que c'est le Dieu prêché par l'Église, 46% croient en un Créateur, " à ma façon ", 14% affirment que cet Être suprême est simplement une force (ce qui correspond aux croyances du Nouvel Âge) et 8% de ceux qui " croient en Dieu " affirment qu'en réalité : " la vie est purement biologique ". Tout ceci démontre que les Québécois adhèrent de façon très sélective aux doctrines chrétiennes. Comme pour la majorité des Canadiens, 61% des Québécois croient aux anges, 67% au ciel et 62% croient toujours aux miracles. Enfin, 52% des Canadiens croient à l'enfer et à Satan comparé à seulement 32% des Québécois. Nous voulons aussi attirer l'attention du lecteur sur deux phénomènes qui sont très significatifs pour les Églises locales : les dons de charité et le bénévolat. Personne n'ignore que les Québécois sont les moins généreux (et de loin) dans leurs dons de charité. La Saskatchewan est la plus généreuse avec des dons moyens de 308 $ par personne, par année. Au Québec, le don moyen est de 127 $. (Statistiques Canada, Mars 2002) Ainsi, 60% des Églises des plus grandes confessions francophones protestantes sont encore subventionnées, même après vingt ans d'existence. Ceci n'est pourtant vrai que dans les Églises francophones. Les congrégations anglophones et ethniques du Québec sont beaucoup plus libérales dans leurs dîmes. De plus, le sociologue québécois, Gary Caldwell, a fait mention de la baisse étonnante de la participation des Québécois aux activités bénévoles au Québec, en comparaison avec l'Ontario (qui reflète la tendance nationale) et la Saskatchewan (qui dépasse de loin toutes les autres provinces). Jusqu'à 54% de la population de cette province des Prairies participe activement aux oeuvres bénévoles, qu'il s'agisse de sports, d'école, de loisir ou de clubs de toute sorte. En Ontario, ce taux tombe à 43%, ce qui correspond au taux national moyen. Mais au Québec, c'est un mince 33% ; taux qui diminue encore chez les gens de moins de 44 ans. Ces réalités déconcertent souvent les praticiens du ministère, particulièrement ceux qui oeuvrent dans l'implantation d'Églises. Même si la culture marginalise le sens social de la religion - comme on le constate avec la chute de l'assistance hebdomadaire à l'Église et la curieuse tendance à demeurer attaché à certaines croyances traditionnelles - les gens restent loyaux, en parole tout au moins, aux traditions religieuses. Et c'est pour cette raison que je crois que l'implantation d'Églises continuera d'être une bataille ardue au Québec. Tant et aussi longtemps que les questions rattachées aux visions élémentaires du monde (donc les plus subtiles) ne seront pas abordées dans notre manière d'inviter les gens à suivre le Dieu de Jésus-Christ, les évangéliques resteront en marge de la culture. D'autant plus qu'il semble que l'Église soit peu intéresser à contribuer au " capital " social de la culture et au bien commun de la société. En fait, il y en a très peu dans la tradition évangélique qui stimule cet intérêt. Implanter des Églises au Québec : trois défis de taille Premier défi : la sécularisation ... quand la sphère publique fait la sourde oreille à la voix de la religion. À Montréal, rien de plus facile que trouver des preuves intellectuelles de l'existence de la modernité et de la postmodernité (nous n'avons qu'à penser au film Les invasions barbares). Nous devons tenir compte sérieusement du pluralisme qui s'est installé et se rendre compte à quel point la foi des gens s'est " privatisée ". Ils croient que la religion relève du domaine de la sphère privée. C'est surprenant, mais après observation, on peut constater qu'au contraire de ce que nous pouvions penser à prime abord (ceux d'entre nous qui étudions la culture), la sécularisation n'élimine pas la religion. Il appert que les aspects séculiers et religieux de la vie publique se chevauchent et s'influencent entre eux. Entre temps, les gens lisent leur monde sans faire référence aux pratiques et aux symboles religieux. La célébration de la fête de Noël en atteste puisque la société la célèbre en la divorçant presque totalement de la naissance de Jésus. La religion ne sert plus de moteur pour définir les valeurs auxquelles les gens tiennent. La sécularisation " fabriquée au Québec " se distinguera par les deux aspects suivants. D'abord, les gens maintiendront une affiliation religieuse tout en confinant leur foi et sa pratique au domaine du privé. Ensuite, les cultures postreligieuses ont tendance à mettre leur foi dans d'autres objets de dévotion, tels l'économie ou la consommation. Le sociologue, David Martin, affirme que pour des sociétés qui étaient auparavant des sociétés catholiques romaines homogènes, l'espoir devient politique. Nous pouvons constater au Québec deux transferts. Les Québécois ont cessé de mettre leur espoir en Dieu pour le mettre dans une société de consommation et le gouvernement. La grande popularité que la foi a connue et les structures de l'Église ont cédé leur place aux mondes de la technologie et de l'économie ainsi qu'au phénomène d'urbanisation. Les tendances véhiculées par la postmodernité ont beaucoup d'attrait pour les cultures urbaines. Les personnes qui optent pour une vision du monde postmoderne préfèrent parler de vérité relative et non absolue. Elles déconstruisent ce que les tenants de modernité adulent et elles se sentent généralement plus à l'aise à vivre avec l'insaisissable. Tristement, les sociétés urbaines ont vu le jour, sans pour autant que les Églises catholiques romaines et protestantes soient en mesure d'aider leurs membres à s'adapter aux changements que de telles sociétés ont entraînés. L'impact de l'Église sur la culture a été minime. Deuxième défi: la pauvreté ...quatre des cinq villes les plus pauvres au Canada se trouvent au Québec. Ces villes sont : Montréal, Québec, Longueuil et Hull. Le tableau présente l'étendue de la pauvreté dans les plus grandes villes du Canada, particulièrement au Québec. La pauvreté a un impact néfaste sur le développement de l'identité d'une personne et de sa vocation. Les pauvres se perçoivent souvent comme des êtres abandonnés de Dieu et n'ayant rien à offrir aux autres. L'argent et le pouvoir nous portent à croire que nous pouvons tout faire à notre guise. La pauvreté qui sévit dans nos villes scinde la société en deux, créant deux solitudes qui n'ont absolument rien à voir avec la religion et la langue. Le visage de l'une se remarque à ses traits éduqués et à sa richesse alors que l'autre affiche un visage féminin, une mine appauvrie et non éduquée. La féminisation de la pauvreté est tout aussi frappante ici au Québec qu'elle l'est dans d'autres pays du monde. Au service de Dieu dans la ville, nous devons nous doter d'une bonne théologie de la Création. Le fait de savoir que nous sommes tous créés à l'image de Dieu, que nous sommes des enfants du Créateur, restaure notre identité. Le fait de savoir que nous avons tous reçu des dons de Dieu et que nous sommes tous appelés à les utiliser redonnent un sens à notre existence. Troisième défi : la formation d'hommes et de femmes pour un ministère dans ce contexte ...la formation théologique et pratique sont dépassées par ces nouvelles réalités et les défis qu'elles entraînent. Au milieu des années 1990, nous avons effectué une étude auprès de sociétés missionnaires et de confessions protestantes à l'oeuvre dans les villes de la Francophonie. D'abord, nous voulions connaître le nombre d'ouvriers qui travaillaient dans ces villes. Le résultat a confirmé ce que nous craignions au départ: le très petit nombre d'ouvriers qui étaient assignés en milieu urbain francophone. Des 179 sociétés missionnaires qui ont participé au sondage, seulement 70 étaient présentes en milieu urbain francophone. Elles ont fait un décompte dans 51 pays francophones et elles rapportent 10 415 missionnaires, dont seulement 751 se trouvent dans des villes de 500 000 habitants ou plus! Ensuite, nous voulions évaluer la qualité de la formation que les missionnaires avaient reçue et comment elle leur permettait de concevoir des stratégies et des projets en milieu urbain francophone. Nous avons pu relever les deux questions d'importance suivantes: malgré la très grande pauvreté qui existe dans les milieux urbains francophones, seulement 15 p. cent des projets missionnaires touchaient le domaine des ministères de compassion; et même si la plupart des missionnaires avaient reçu une formation théologique reconnue, très peu d'entre eux avaient acquis l'habileté de choisir des stratégies pertinentes selon le contexte de leur ministère, l'habileté d'implémenter les projets appropriés et de faire l'évaluation de leur efficacité. Les sociétés missionnaires croyaient que leurs ouvriers excellaient dans ce domaine, alors que ces ouvriers ne pensaient pas qu'ils réussissaient à accomplir ces tâches. Tous ceux, qui s'affairent à former des hommes et des femmes pour un service efficace, doivent inclure comme priorités à leur programme de formation de nouvelles approches permettant l'intégration de la théologie traditionnelle à la théologie pratique. À cause de la sécularisation, la peur de la religion se dresse comme un défi de taille pour ceux qui désirent aider d'autres personnes à devenir des disciples de Jésus-Christ. Mais, comme derrière cette peur se cache une authentique soif pour des expériences spirituelles, nous devons donc nous munir de façons efficaces pour amener ces gens assoiffés à une nouvelle compréhension de la foi chrétienne. De plus, même si le gouvernement met en place des programmes d'envergure pour répondre aux différents aspects de la pauvreté en milieu urbain, ce n'est vraiment que par le peuple de Dieu que la compassion du Seigneur se manifeste. L'expression concrète de sa miséricorde se transforme en témoignage crédible et authentique. En dernier lieu, notre théologie chrétienne ne se résume pas à un ensemble de hautes aspirations morales conservées dans des volumes sur lesquels la poussière s'accumule. Elle traduit notre pensée à l'égard de Dieu et la façon dont il nous incite à être "sel et lumière" dans une société égarée. Lors de sa récente visite à Montréal, le théologien John Stott a fait l'affirmation suivante: "Les évangéliques excellent dans le domaine de la Bible, mais éprouvent des difficultés à être de leur temps." Il me semble que Jésus réussissait à rendre la révélation biblique contextuelle à son époque. Efforçons-nous donc de faire de même.
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