Chapitre 1

Un regard en arrière:

"The Monkey Trial" fait une autre tentative

Les médias faisaient des pieds et des mains dans la petite ville de Dayton, dans le Tennessee rural pour suivre Clarence Darrow, un avocat de Chicago - un libéral proéminent et controversé - défendant John T. Scopes. C'était en juillet 1925, et Scopes avait été chargé de briser une nouvelle loi d'état qui mettait hors-la-loi l'enseignement de l'évolution.

Cela a suscité l'un des plus célèbres procès de l'histoire américaine. "The Monkey Trial", comme il a été convenu de l'appeler, s'est révélé être un évènement marquant dans le duel malheureux entre la science et la religion.

La science versus la religion?

La poursuite était menée par William Jennings Bryan, un ancien secrétaire d'État, trois fois candidat pour la présidence des États-Unis et un leader chez les chrétiens évangéliques.

Le procès de Scopes a reçu l'étiquette du procès classique du siècle de la science versus la religion. Bien que Scopes a été trouvé coupable et condamné à verser une amende de $100 (la Cour Suprême du Tennessee renversa la décision ultérieurement), Darrow et ses partisans, au travers les médias, clamèrent une victoire morale.

Le point culminant de l'épreuve de force s'est produit lorsque Darrow appela Bryan à la barre des témoins pour répondre aux questions au sujet du compte rendu de la création dans la Genèse, du Déluge et des miracles bibliques.

Darrow fit subir un interrogatoire à Bryan sur la lecture littérale des Saintes Écritures. Comment pouvait-il y avoir de la lumière lors du premier jour de la création avant que le soleil ait été créé le quatrième jour ? Bryan a adhéré à "la Parole comme elle est écrite."


L'avocat de la défense de John T. Scopes, Clarence Darrow.

L'impression la plus populaire laissée par le procès de Scopes est celle d'une cuisante défaite pour la Bible et son défenseur, William Jennings Bryan.

Mais cette opinion est actuellement révisée. "Presque tout au sujet du Procès de Scopes a été dénaturé," revendique l'historien Garry Wills," et c'est la partie 'éduquée' de L'Amérique qui accepta les distorsions" (Under God : Religion and Politics, page 113).

Aux yeux de Wills, tout le monde a perdu la face, pas seulement les conservateurs chrétiens et leur champion, William Jennings Bryan.

La Revue de l'Histoire

L'ironie abonde ici, entre autres :

  • Premièrement, l'état du Tennessee était lui-même hésitant au sujet de sa loi anti-évolution. "Le Gouverneur Austin Peay avait signé la mesure de loi en suggérant fortement qu'il n'espérait ni ne s'attendait à ce que l'ordonnance soit respectée" (Sheldon Grebstein, Monkey Trial: The State of Tennessee vs. John Thomas Scopes, page ix).
  • L'état approuve les manuels scolaires contenant des arguments évolutionnistes. L'idée était que personne ne s'attendait à ce que la loi soit appliquée si rigoureusement.
  • Apparemment Scopes a délibérément testé la nouvelle loi (Paul Sann, The lawless Decade, page 159)
  • Encore plus important, il apparaît maintenant que l'idée selon laquelle Clarence Darrow aurait collé une image de "singerie" à Bryan et à la Bible, est tout simplement redondante et exagérée.

Dans cette scène conflictuelle, le film Inherit the Wind saisi un volet du heurt des cultures qui prévaut toujours à ce jour.

L'étroitesse d'esprit était certainement présente à Dayton en 1925, mais William Jennings Bryan n'en était pas affublé. Richard Cornelius, un étudiant finissant rapporta au sujet de ce cas, que Bryan "n'était pas opposé personnellement à l'enseignement de l'évolution comme une théorie aussi longtemps que le créationnisme était enseigné de la même manière."

Dans The Creationists, Ronald L. Numbers mentionne : "Bryan n'était pas un adepte du contenu littéral de la Bible. En fait, ses croyances sur ces deux sujets, l'évolution et la Bible, divergeaient considérablement de celles de ... ses amis conservateurs " (page 43). La vision de Bryan des sept "jours" de la Genèse comme représentation de sept âges était partagée par un grand nombre de ses alliés dans le mouvement évangélique. Les transcriptions de la cour confirment ce jugement:

Q. Est-ce que vous dites que la terre n'a seulement que 4,000 ans ?

R. Oh non! Je pense qu'elle est beaucoup plus vieille que cela...

Q. Est-ce que vous pensez que la terre a été faite en six jours ?

R. Non pas en six jours de 24 heures.

On oublie souvent que les conservateurs chrétiens avaient beaucoup plus de chats à fouetter que ce que les sources séculières ont rapporté. Par exemple, Bryan appréhendait les effets du Darwinisme social, la vue d'une société humaine semblable à une jungle où la force brute règne.

Même certains de ceux qui rejettent violemment l'étiquette de "fondamentaliste" diraient que Bryan était en avance de son temps sur ce point.

La position de Bryan ressemble un peu à celle d'un grand nombre de chrétiens d'aujourd'hui. Ils acceptent la Bible comme la Parole infaillible inspirée de Dieu mais voient le besoin d'adapter les origines culturelles de la Bible et sa vision préscientifique.

Ces gens concluent que les premiers chapitres de la Genèse font du sens quand nous comprenons que Dieu parlait aux gens selon leur niveau de compréhension dans le temps.

Six jours de guerre et de pentes glissantes

Le procès de Scopes soulève une grande question pour ceux qui aiment la Parole de Dieu. Comment devons-nous comprendre les différents comptes rendus de la création dans les Saintes Écritures: Genèse 1:1-2:3; 2:4-3:24; Psaume 104; Job 38-41 ?

Aujourd'hui, au moins quatre positions identifiables ont émergés.

  1. Le strictement littéral.
  2. Cette position est quelquefois connue sous le terme d' "inerrance". Selon cette approche, la Bible est inspirée et ne fait pas d'erreurs même en matières d'histoire, de chronologie et de science. La semaine de la création de Genèse 1 décrit exactement ce qui est arrivé, il y a 6,000 ans. Cependant un grand nombre d'adhérents à la stricte littéralité de la Bible paraissent totalement inconscients de la diversité de la Bible et de sa richesse. Le simple calcul à rebours de l'âge des patriarches dans Genèse 5 pour connaître un intervalle de temps recherché, par exemple, est accepté comme une prémisse essentielle, ne permettant pas alors aucune comparaison avec d'autres informations généalogiques parfois succinctes contenues dans d'autres passages bibliques.

  1. Le créationnisme scientifique.
  2. Un sous-produit de l'école littérale toutefois plus enclin à amener la science dans le décor. Les scientifiques créationnistes ont postulé qu'avant Noé, une couche épaisse de vapeur d'eau encerclait la terre et ce, dans une tentative pour expliquer le déluge et la longévité des êtres humains d'avant le déluge. De semblables reconstructions imaginatives doivent être évaluées avec soin. Ils ne convainquent pas tout le monde.

  1. L'interprétation mythique symbolique.
  2. Ceci est la position libérale classique. Selon cette interprétation, Genèse 1-11 n'est rien d'autre qu'une suite de mythes et de folklore. Les chapitres reflètent et empruntent les récits écrits sur des pierres retrouvées au Moyen-Orient. Le compte rendu hébreu, toutefois, est habituellement loué même par les libéraux pour son sixième sens spirituel et ses valeurs morales. Toutefois cette approche est critiquée avec de bonnes raisons car elle incite à la manière d'une pente dangereuse qui nous amène tranquillement à la négation de la divinité de Christ et de la promesse du salut.

  1. La position médiane.
  2. Celle-ci cherche à éviter les extrêmes de l'interprétation libérale et l'interprétation littérale des Écritures. Cela prend en compte la vaste richesse des informations maintenant disponibles au sujet de l'histoire ancestrale du Proche Orient, la langue et la culture. Un grand nombre d'érudits qui tiennent à l'inspiration divine accepte maintenant la perspective d'un Israël, qui progressivement acquiert une conscience de Dieu.

L'Être, que quelques-uns en Israël ont identifié comme la divinité tribale d'Israël, et pourtant infiniment supérieur aux autres dieux (Exode 15:11; Psaume 86:8), se révèle lui-même de manière irrévocable au prophète Esaïe comme le Seul qui transcende le temps et l'espace (Esaïe 45:5) Selon les partisans de cette position, Dieu a adapté son enseignement pour prendre en compte les besoins et la culture de ses auditeurs (Psaume 113:5-6; Isaïe 55:8-9).

Ceci ouvre la porte à la possibilité que le compte rendu de la création que nous retrouvons dans Genèse 1:1-2:3 et Genèse 2:4-3:24, bien qu'inspiré par Dieu - ait été offert dans un format qui facilite la compréhension à un peuple nouvellement formé et constitué d'esclaves.

Le focus du récit n'a jamais été mis sur "comment la création a pris place", mais sur le pourquoi et par qui. Les auteurs inspirés d'Israël ont cru que leur Dieu était la source de vie, du mariage et de la famille (Genèse 2:7,24). Les Écritures recèlent de profonds exemples sur l'issue du péché, du libre arbitre et des incertitudes de la réalité physique (Genèse 3:17-19). Le fait prédominant est la conviction d'Israël que l'Être qui leur a parlé étaient vraiment Dieu (Isaïe 43:10-13). Cette perspective gagne du terrain parmi ceux qui ne voient pas de querelle ultime entre la science et la croyance en Dieu. La vérité est que Darrow, Bryan, les gens de Dayton et nous tous aujourd'hui doivent apprendre la leçon du procès de Scopes. Nous devons nous efforcer comme chercheurs de la vérité à rester ouvert aux nouvelles perspectives lorsque nous examinons un document aussi ancien et aussi riche et merveilleux que la Sainte Bible.