Église Universelle de Dieu, Canada
Mai & Juin 2004

Les Juifs ont-ils tué Jésus ?

de Joseph Tkach

pasteur général

Une partie de la controverse entourant le film La passion du Christ est de savoir si oui ou non le film est anti-sémitique. Blâme-t-il les Juifs pour la mort de Jésus ? Voici une autre question qui y est reliée : Que le film blâme ou non les Juifs, ces derniers sont-ils à blâmer ?

Je peux comprendre pourquoi les Juifs peuvent être préoccupés par le sujet. Les chrétiens ont souvent persécuté les Juifs pour avoir tué le Christ. Cette situation a dépassé largement les injures ; elle a englobé des pénalités économiques et même le meurtre, au nom de la vengeance pour la mort de Jésus.

Beaucoup de Juifs ont été tués au cours des croisades et, encore beaucoup plus récemment, des millions ont été tués en Europe, au 20e siècle ; précisons que les nazis n'ont pas été les seuls à avoir persécuté les Juifs. Les nazis peuvent difficilement être appelés des chrétiens, mais l'attitude qui a nourri leur haine a été alimentée par des siècles d'enseignement anti-juif dans les églises européennes.

Bon nombre de chrétiens ont été troublés par le rejet persistant des Juifs du message chrétien. Historiquement, peut-être à cause d'une quelconque insécurité dans leurs propres croyances, certains ont voulu se servir de la force pour réaliser une conformité sociale. Ils ont apparemment senti que la façon la plus facile de se débarrasser du problème était de tuer les Juifs, surtout ceux qui refusaient d'épouser le christianisme (mais parfois même des Juifs chrétiens étaient persécutés).

J'ai honte des gestes posés par certaines personnes, apparemment au nom de Christ. Mais je ne veux pas laisser ma honte déformer ma vision de ce qui s'est réellement produit.

Discutons-en donc : Le film de Mel Gibson est-il un film anti-sémitique, les Juifs ont-ils tué Jésus, et quelle attitude les chrétiens devraient-ils avoir envers le peuple juif ?

Commentaires sur le film

J'ai eu le privilège de voir une projection du film avant sa sortie quand Mission America a invité de nombreux responsables de diverses dénominations à en visionner une version préliminaire, en décembre dernier. J'ai donc pu former ma propre opinion, alors que j'étais témoin de la controverse diffusée dans les médias. La controverse a certainement donné au film un large apport de publicité gratuite, et cela a possiblement permis à des non-chrétiens de le voir, bien que la majorité des spectateurs semblent avoir été composée de chrétiens déjà engagés.

Mel Gibson a rencontré le groupe de Mission America pour répondre à des questions, et il a commenté les accusations d'anti-sémitisme affirmant effectivement que le problème qu'ont les gens avec le film n'est pas avec le film comme tel, mais avec les évangiles, car le film brosse simplement un tableau du récit des évangiles (il existe peu de controverse sur les parties non bibliques que Gibson a ajoutées au film, telles que la trame historique de Marie de Magdala, celle de la femme de Pilate, et celle de Simon de Cyrène).

Je partage l'opinion de Gibson sur ce point ; le film n'a pas créé un problème, mais ne faisait que décrire (d'une façon visuellement étonnante et mémorable) l'histoire contenue dans les évangiles. À cause de la théologie de Gibson, le film souligne la flagellation plus longtemps que ne le font les évangiles, mais ce qu'il dépeint est historiquement probable (Les catholiques ont tendance à souligner davantage la souffrance et la crucifixion, alors que les protestants mettent plus l'accent sur la résurrection, mais les deux font partie de l'histoire).

J'estime plutôt que le film, comparé aux récits de l'Évangile, a amoindri le rôle des Juifs. Tandis que les évangiles font souvent référence aux " Juifs ", aux " pharisiens ", aux " saducéens ", etc., le film a éliminé la plupart de ces références comme non essentielles (Dans le récent film sur l'Évangile de Jean, ces références répétés ont été conservées, étant donné que ce film devait comprendre tous les textes).

Dans le film de Gibson, le groupe de gens qui ont arrêté Jésus, l'ont interrogé et ont demandé à Pilate de le crucifier, sont à peine identifiés comme Juifs. (La seule personne appelée explicitement un Juif est Simon de Cyrène). Si un spectateur ne connaissait pas déjà l'histoire, il aurait pu même se demander qui étaient ces gens vêtus d'habits élaborés. Le blâme de la mort de Jésus doit aussi retomber sur Pilate qui, comme gouverneur, avait la responsabilité de prévenir de tels écarts de justice mais n'en a pas eu le courage.

Gibson a même retranché de son film la phrase en Matthieu 27.25, où la foule des Juifs dit : " Que la responsabilité de sa mort retombe sur nous et sur nos enfants ! " Cette phrase particulière a été utilisée à maintes reprises pour justifier l'anti-sémitisme, alors Gibson a accepté de l'enlever du sous-titrage anglais (ces paroles ont été retenues en araméen), puisqu'elles n'étaient pas nécessaires pour la trame historique.

Que dépeint les évangiles ?

Les évangiles comme tels blâment-ils les Juifs pour la mort de Jésus ? Oui et non.

Historiquement, oui, les Juifs étaient là, et ils voulaient que Jésus, lui-même Juif, meurt. Jésus était perçu comme une menace à la sécurité nationale, un enseignant populaire qui pouvait provoquer une rébellion contre Rome et causer la mort de plusieurs. Jean 11.47-50 donne cette raison pour expliquer la crucifixion et est sensé sur le plan historique. Ainsi, certains chefs religieux ont arrangé un procès frauduleux et demandé que Pilate exécute Jésus.

À plusieurs reprises, Jean appelle ces gens " les Juifs ", mais ce n'est qu'un raccourci pour décrire les chefs religieux qui s'opposaient à Jésus. Ils étaient les représentants officiels du peuple juif. L'historien Josèphe utilise le mot d'une façon similaire pour faire référence à certains chefs religieux puissants, et non au groupe ethnique en entier, à tous les Juifs, ou même à la plupart. Jean ne blâme pas tous les Juifs de partout pour ce que quelques-uns d'eux ont fait à Jérusalem.

Jean était assez conscient que les partisans influents de Jésus, tels que Nicodème et Joseph d'Arimathée, étaient Juifs, que les disciples étaient Juifs, et que beaucoup de Juifs considéraient Jésus favorablement, même sans être totalement engagés envers lui. Jean souligne clairement que le " salut vient du peuple juif " (Jean 4.22). Les évangiles affirment que les dirigeants romains, en particulier Pilate, ont autorisé et exécuté la crucifixion de Jésus. Ils avaient la responsabilité d'empêcher que d'innocentes personnes soient blessées, et néanmoins ils ont en toute connaissance de cause permis qu'un homme innocent soit torturé et tué. Ils doivent partager le blâme. La religion aussi bien que l'État portent la responsabilité de cette exécution.

Les Juifs ainsi que les Gentils sont coupables ; en réalité, tous les êtres humains sont tout aussi coupables. Jésus est venu pour le but même d'être tué par les siens. S'il ne l'avait pas fait, aucun de nous aurait un Sauveur. Ce qui est arrivé était la volonté de Dieu, selon son plan, pour le salut des Juifs et des Gentils également. Est-il sensé de blâmer ou de haïr qui que ce soit pour avoir fait la chose même que Dieu avait l'intention de faire pour qu'il démontre, une fois pour toutes, son amour miséricordieux pour l'humanité ?

Si nous avions été sur place, si nous avions été le souverain sacrificateur ou ses partisans, nous aurions fait la même chose. Les chefs religieux et les dirigeants romains agissaient non seulement comme les représentants de deux groupes ethniques, mais comme les représentants de toute l'humanité. Nous avions tous besoin de la mort et de la résurrection de Jésus, et chaque groupe ethnique a été impliqué également dans des tueries injustes et le meurtre de personnes innocentes. Dieu ne déteste aucunement les Juifs ni les Romains, il les aime, tout comme il aime l'humanité entière ; c'est pourquoi il est venu vers nous, êtres humains, comme notre agneau sacrificiel.

La foule des Juifs n'a pas accepté la responsabilité de la mort de Jésus (Matthieu 27.25), mais il n'y a aucune raison pour nous d'accepter la validité de leur déclaration. Ils n'ont jamais eu l'autorité de condamner leurs propres enfants, et nous ne devons pas agir comme s'ils la détenait. Rappelons-nous que Jésus a dit : " Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font " (Matthieu 23.34), et cet énoncé s'applique aux Juifs tout autant qu'aux Romains (dans le film de Gibson, même le voleur sur la croix l'a reconnu). Le message de Christ n'en est pas un de blâme ou de vengeance, mais est un message de pardon et de rédemption.

L'attitude de Dieu envers les Juifs

Dieu a choisi la nation d'Israël pour être son peuple. Il l'a adoptée comme son enfant (ou pour utiliser une autre métaphore, son épouse) et a promis d'être son Dieu (ce qui implique qu'il la protégerait, pourvoirait à ses besoins et la guiderait). Il a fait alliance avec les Israélites, solennisant ses promesses envers eux. Mais le peuple a violé plusieurs fois l'alliance, et Dieu a même divorcé les tribus du nord, les appelant " pas mon peuple ". Ils étaient devenus comme des Gentils à ses yeux, et Dieu le savait depuis le commencement (Deutéronome 31.20).

Mais Dieu ne changerait pas ; son amour et sa fidélité à sa parole envers eux ne diminuerait jamais (Romains 11). Dieu a continué à aimer son peuple élu même après son exil à Babylone. Dans son amour, il a rappelé un reste en Judée. De ce reste naîtrait le Messie, le Christ, qui rachèterait son peuple et le monde entier.

À l'arrivée de la nouvelle alliance, l'ancienne alliance a pris fin dans l'accomplissement de la promesse de Dieu envers son peuple. Mais l'amour de Dieu pour Israël ne cessera jamais (Romains 11.1). Dieu est fidèle même quand son peuple ne l'est pas. Dans sa fidélité envers Israël, Dieu démontre sa fidélité envers toute l'humanité (v. 26).

Nous devons faire la distinction entre la religion juive et le peuple juif. La Bible dit que la religion juive est inefficace pour obtenir le salut, mais Dieu aime le peuple juif. Le fait que l'ancienne alliance est périmé ne rend pas les Juifs pire que toutes les autres personnes ; plutôt, ils devraient être traités comme tout le monde, des pécheurs pouvant être sauvés par la grâce de Dieu.

Les chrétiens devraient aimer les Juifs et vouloir qu'ils soient sauvés, tout comme Paul le voulait (Romains 10.1).

Notre désir pour les Juifs est qu'ils deviennent chrétiens, et non qu'ils cessent d'être Juifs. Bien que la cour suprême d'Israël y voit une contradiction, nous n'en voyons aucune. Comme tous les gens, les Juifs doivent être gagnés par l'amour, la bonté, et non par la persécution.

Le salut vient des Juifs, mais il ne vient pas du judaïsme. Le salut vient de Jésus, le Fils de Dieu, un Juif que Dieu a envoyé aux Juifs pour l'amour des Juifs et aussi des Gentils. Les Juifs ne sont pas davantage les meurtriers de Christ que nous le sommes tous. Nous étions les ennemis de Dieu.

" Si on se place du point de vue de l'Évangile, ils sont les ennemis de Dieu pour que vous en bénéficiiez. Mais du point de vue du libre choix de Dieu, ils restent ses bien-aimés à cause de leurs ancêtres " (Romains 11.28). Sur le plan religieux, ils sont dans l'erreur, mais Dieu les aime quand même, et dans son amour infini il veut les attirer de nouveau à lui.

L'étendue de son amour

Je prie que personne n'utilise le film de Gibson pour justifier des attitudes anti-juives. Ce serait une déformation du film et des évangiles, et une chose non chrétienne à faire. Le film souligne clairement que Jésus savait ce qui l'attendait (il avait probablement vu d'autres personnes être battues et crucifiées), et il l'a fait quand même parce qu'il nous aimait. Si vous voyez le film, je vous demande de vous en souvenir, non pas pour ses images de sang et de violence, ni pour les attaques du diable contre Dieu qu'il a suscitées, mais pour l'amour de Jésus pour nous.

Simon de Cyrène était différent ; il ignorait ce qui l'attendait quand il a marché vers Jérusalem ce jour-là. Marc 15.21 l'appelle " le père d'Alexandre et de Rufus ", deux hommes connus des lecteurs de Marc, probablement parce qu'ils étaient devenus chrétiens. Simon lui-même est probablement devenu un chrétien et a, par conséquent, porté la croix de Christ dans un sens spirituel également.

Peut-être sommes-nous tous un peu comme Simon. Saviez-vous ce qui vous attendait ? Êtes-vous prêt à porter la croix de Christ ? C'est quelque chose qui vaut la peine d'y réfléchir.